RIST Christian

Neuilly-sur-Seine, 1952

Acteur, metteur en scène et pédagogue français.

Venu au théâtre, non par formation professionnelle, mais par admiration du travail de Blin (dont il sera l'assistant pour … Où boivent les vaches, 1972), Rist apprend son métier avec Bozonnet, Jaques-Wajeman, Bayen et surtout Villégier chez qui il assure avec succès en 1977 et 1978 le rôle-titre de la première et de la deuxième version de La Tentation de Saint-Antoine, adaptée de Flaubert. L'invitation qu'il reçoit du TNS à y enseigner en 1979 provoque son intérêt pour le théâtre préclassique et pour une perception approfondie du texte de théâtre, saisi dans ses harmoniques comme le lieu d'une profération qui en exalte la force poétique originelle, voire mystique, dans la lignée d'un Mallarmé.

C'est dans cette perspective qu'il fonde en 1982 le Studio classique : lieu où l'acteur pourrait se livrer à un entraînement quasi sportif où, à force de précision et de concentration, il libérerait son pouvoir d'invention, débarrassé en particulier des contraintes qu'impose traditionnellement le personnage, pour une reconquête du répertoire classique. Les stages que le Studio offre à des professionnels vont donner naissance, après une présentation remarquée de scènes de Corneille (1984), à plusieurs spectacles très bien reçus : Les Amoureux de Molière (1985), Le Dépit amoureux (1986) avec la même équipe, La Veuve (1990) qui redonne au jeune Corneille sa verdeur et son insolence ; Le Misanthrope (1991) où, réfléchissant avec de jeunes acteurs, Rist fait sentir que le retour au texte peut s'effectuer à la fois dans une totale improvisation de la gestion d'espace et avec une maîtrise très contrôlée de la diction. C'en est fini de l'acteur figuratif : on assiste au travail d'atelier de comédiens qui, comme l'analyse Le Paradoxe sur le comédien, trouvent la juste distance de leur personne au texte.

En 1992 Rist propose une Bérénice où tous les personnages sont dédoublés pour dégager l'essence du tragique, et pour éviter l'incarnation bourgeoise en personnages trop humains ; seul compte l'entre-deux d'une apparence à l'autre, glissant du trivial au majestueux, du réalisme au symbolisme. Le personnage n'est que le corps-support d'une diction. Rist monte en 1993 avec une grande finesse Les Fausses Confidences de Marivaux et en 1995 au Vieux-Colombier deux pièces de Duras (Le Square, Le Shaga). Ce qui l'intéresse au premier chef est de faire sonner la langue, d'en dévoiler les sens mystérieux et pour cela, de réussir à séparer le visuel de l'auditif. Faire voir les paroles est son ambition. Porteuse d'ambiguïté et de poésie, la langue de Gilbert Lély a séduit Rist qui a monté en 1996 deux de ses textes et qui, dans une adaptation du même Lély, a mis en scène Les Métamorphoses d'Ovide (1997). S'il y a deux écrivains pour qui chaque mot vaut son pesant de sens ou de couleur, c'est bien Beckett et Flaubert ; de l'un et de l'autre Rist monte la même année (1998), Comédie et Pas moi et La Légende de Saint Julien l'hospitalier. Et toujours soucieux de ressusciter, par le travail sur la langue, des textes oubliés mais qui ont marqué l'histoire du théâtre, Rist monte en 2000 Silvanire de Mairet. Le nom de sa nouvelle compagnie, Le voir dit, révèle assez la double ambition, poétique et théâtrale de Rist ; double ambition qui n'en est qu'une : faire voir les mots – ce qu'il avait réalisé avec Le Savon de Francis Ponge (festival d'Avignon, 1985). Car, pour Rist, « le mot est porteur d'une force d'action, de conflagration, de trace inoubliable […]. Le mot est capable d'une épiphanie en parole ». En 2005, Rist propose Rimbaud Illuminations. Fragments improvisés avec la danseuse Emma Morin qui fut son assistante pour créer le Studio Prosodique.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
21/02/2026

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