BLIN Roger

Neuilly, 1907 - Paris, 1984

Metteur en scène de théâtre et acteur français.

Jean Genet évoquait à son propos sa « poésie un peu hagarde et un peu narquoise ». Tout le personnage est là : l'acteur insolite, au jeu physique et syncopé, qui avait réussi à maîtriser un bégaiement naturel, le metteur en scène discret qui savait allier l'humour à la magie.

Issu d'un milieu bourgeois, Blin, qui s'adonnait au dessin et se passionnait pour le cinéma, trouve sur sa route deux parrains anticonformistes qui vont lui ouvrir les portes du théâtre, Artaud et Prévert. Pour le premier (la filiation sera surtout d'ordre éthique), il tient le cahier de régie et joue le rôle d'un assassin muet dans les Cenci (1935) ; le second le fait entrer au groupe Octobre. Blin participe également aux premiers spectacles de Barrault (Numance, 1937 ; la Faim, 1939). Dès le début, Blin affiche son goût pour un théâtre de provocation, débarrassé du réalisme (comme celui d'Adamov dont il montera la Parodie en 1952). C'est après avoir vu sa première mise en scène (la Sonate des spectres de Strindberg , 1948), que Beckett propose à Blin son manuscrit d'En attendant Godot. L'œuvre est présentée pour la première fois au théâtre Babylone le 5 janvier 1953 : elle marque une rupture radicale dans la littérature dramatique.

Dans sa mise en scène, Blin se défend de présenter un « point de vue » sur la pièce ; pour lui, il n'y a pas de vrai théâtre sans ambiguïté. Sa démarche est celle d'un homme d'instinct qui s'exerce à trouver la respiration même de l'auteur, qui recherche, à la manière d'un sculpteur, un « maximum de densité affective ». Aussi privilégie-t-il le travail avec les acteurs : la rythmique de la diction (la « danse des points » chez Beckett), la juste ordonnance des regards et des déplacements, les traits physiologiques signifiants des personnages, les décalages de jeu (ralentis), de petits gags aussi : le théâtre pour Blin est un lieu de plaisir. Cette méthode artisanale de présence attentive au texte, on la retrouvera désormais dans toutes les mises en scène qui vont suivre : de Beckett, Fin de partie (1957), la Dernière Bande (1960), Oh les beaux jours (1963) ; de Genet, les Nègres (1959), les Paravents (1966). Ce dernier spectacle, présenté au Théâtre de France de Barrault, par son insolence et sa forte couleur anticolonialiste, suscite un énorme scandale. Les Lettres à Roger Blin de Genet (1966) jettent une vive lumière sur les approches souvent différentes de la réalité théâtrale par un écrivain et un metteur en scène. C'est toujours de l'intérieur que Blin aborde les problèmes, y compris celui de la théâtralité. Et jusqu'au bout, infatigable découvreur, il ne cessera de s'attacher à des textes de jeunes auteurs (Manet, Fugard, Takuhushi) dans lesquels se font entendre des accents de révolte. Pour Blin, l'authentique histoire du théâtre ne pouvait être qu'une histoire des « marges ».

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
27/04/2026

Pour aller plus loin

recherche.artcena.fr
Roger Blin