Vieux-Colombier
(Théâtre du)
Salle de spectacle parisienne, anciennement Athénée-Saint-Germain. Copeau lui donne ce nom lorsqu'il en prend la direction le 23 octobre 1913. Ce nom désigne aussi la troupe qu'il constitue pour ce lieu et il est conservé par la compagnie qu'il emmène en Bourgogne, après avoir quitté la direction du théâtre en 1924.
Dès 1913, la scène et la salle sont aménagées par Francis Jourdain dans un style dépouillé et austère : suppression des stucs, du cadre de scène à l'italienne, addition d'un proscénium. En 1920, la scène est entièrement remodelée – selon des plans de Jouvet – en une architecture fixe et rigoureuse : arche centrale formant un balcon praticable, escaliers ; un proscénium de niveau plus bas que la scène et relié à elle par trois marches atténue la coupure entre la scène et la salle ; la rampe est supprimée au profit d'un système élaboré de projecteurs et – innovation restée singulière – le plateau de bois est remplacé par un sol de ciment. Réduit ainsi à 360 places, ce théâtre, situé sur la rive gauche, « loin de la cohue foraine du Boulevard », est destiné par Copeau à une élite intellectuelle et aux étudiants, à qui il offre les places les moins chères de Paris, un répertoire important et varié, allant des classiques aux créations contemporaines et fondé sur l'alternance. Conférences et matinées poétiques complètent ce programme de haut niveau. Après 1924, le Vieux-Colombier accueillera différents spectacles théâtraux (ou cinématographiques), notamment ceux de la Compagnie des Quinze de 1931 à 1934. Après avoir été fermé pendant de longues années, le théâtre, entièrement restauré et transformé, a rouvert ses portes comme deuxième salle de la Comédie-Française en 1993.
En 1920, Copeau fonde l'école du Vieux-Colombier (il en confie la direction à Romains). Prévue dès 1913, elle est pour lui essentielle : c'est d'elle seule qu'il peut attendre une véritable « rénovation » théâtrale. Son but est de former l'être tout entier et non pas de transmettre des techniques et un savoir-faire : il faut donner aux élèves (choisis très jeunes pour leurs qualités morales plus que pour leurs dons, en très petit nombre et entièrement pris en charge) une triple formation : morale, intellectuelle et technique. Morale : en développant par une vie communautaire strictement réglée, éloignée du théâtre réel, leur sens de la discipline, de l'effort, de la « dévotion » à l'art théâtral. Intellectuelle : par des cours de littérature, de civilisation et d'histoire du théâtre. Technique : exercices physiques, de diction, de jeu dramatique, et, même, initiation à la fabrication des accessoires. L'originalité – accentuée encore lors de la « retraite » en Bourgogne – est la place faite, pour le développement de l'imagination, aux jeux (ludiques), à l'improvisation, aux techniques du masque et du chœur. Tous principes pédagogiques qui, par le biais des Copiaus et des autres disciples de Copeau, féconderont une longue postérité.
Classement
Spécialité : Institutions et lieux
- France
- 20ème siècle