RIBES Jean-Michel
Auteur, metteur en scène, cinéaste, directeur du Théâtre du Rond Point depuis 2001. Et agitateur culturel, mauvais esprit essentiel dès 1966 : l'année où il crée avec le peintre Gérard Garouste et le comédien Philippe Khorsand sa première troupe, la Compagnie du Pallium.
À travers d'extravagantes premières pièces – Les Fraises musclées (1970), Il faut que le sycomore coule (1971), Par-delà les marronniers (1972), On loge la nuit café à l'eau (1975) – son goût de la farce se teinte encore d'une étrange fascination pour la mort. Ribes se réclame de Jarry, de Roussel, des Dadaïstes, tout en lorgnant sur les poètes romantiques. Les grands théâtres parisiens se disputent vite ce trublion surdoué – L'Odyssée pour une tasse de thé (1973) puis Jacky Parady (1978) au Théâtre de la Ville, Omphalos Hôtel (1975) à Chaillot, Tout contre un petit bois (1976) à Récamier. Mais Ribes préfère la marge et cultiver l'absurde, l'insolence avec sa bande d'acteurs survoltés. Il imagine des séries délirantes à la télévision (Merci Bernard de 1982 à 1984 sur France 3, Palace de 1988 à 1989 sur Canal+ ; réalise des films incongrus au cinéma (Rien ne va plus en 1979, La Galette du roi en 1985, Chacun pour toi en 1992) ; met en scène avec un humour très noir quelques contemporains saignants : Shepard ( l'Ouest le vrai, 1984), Pinter (L'Anniversaire , 1987),Gourio (Brèves de comptoir, 1994, Nouvelles Brèves de comptoir, 1999), Grumberg (Rêver peut-être, 1999 ; Amorphe d'Ottenburg, 2000).
Il a toujours défendu les écritures d'aujourd'hui. De 1997 à 2002 au Festival d'Avignon avec la manifestation « Texte Nu » de la SACD ; en 2000, à la présidence des « Écrivains Associés du Théâtre ». Et ce combat le mène en 2001 à la direction du Rond-Point, où il ne programme que les auteurs vivants, invente un théâtre-ruche et véritable forum ; les débats politiques y succèdent aux rencontres artistiques, les petites formes aux grandes, les écrivains confirmés aux inconnus. Même nommé dans l'institution, l'écrivain-iconoclaste dynamite toujours joyeusement l'écriture : pour lui, théâtre rime avec rébellion et plaisir. Après un impitoyable Théâtre sans animaux (2001), il continue ainsi de se moquer de nos conformismes (esthétiques) dans Musée haut-Musée bas (2004). Le patron comblé d'une entreprise théâtrale à succès reste apôtre de la rupture et de l'irrespect. Pour cet hyperactif fuyant perpétuellement l'angoisse du vide, le rire est la meilleure arme de résistance.