LIOUBIMOV Iouri
[Ljubimov]

Iaroslav 1917 - Moscou, 2014

Acteur et metteur en scène d'Union soviétique-Russie, directeur du théâtre de la Taganka.

En 1937, il entre comme élève à l'Institut du théâtre Vakhtangov. Après la Seconde Guerre mondiale, c'est dans ce théâtre qu'il mène une brillante carrière d'acteur-jeune premier (1947-1964) tout en tournant des films qui le rendent très populaire. De 1959 à 1964, il devient pédagogue dans ce même Institut et, à la fin du « dégel », monte Brecht avec ses élèves. C'est La Bonne Âme du Se-tchouan (1963) dont le succès lui permet, malgré les réticences des gens en place, de recevoir en 1964 la direction d'un petit théâtre place Taganka dont il fera un des lieux clés du paysage artistique des années 60 à 80. Il y crée des montages poétiques qui exploitent la présence d'acteurs-chanteurs tel Vyssotski dans sa jeune troupe. Les dix jours qui ébranlèrent le monde (Decjat' dnej kotorye potrjasli mir, 1965), d'après J. Reed, marquent le retour aux sources inventives du théâtre d'agitation des années 20. L'activité scénique de Lioubimov se double d'une lutte énergique contre la censure pour faire passer chaque spectacle. S'il monte des pièces comme La Vie de Galilée de Brecht (1966), Le Tartuffe de Molière (1968), Hamlet de Shakespeare (1971), Les Trois Sœurs de Tchekhov (1981), il se consacre surtout à l'adaptation scénique d'œuvres poétiques (Maïakovski, Essénine), d'œuvres complètes : Le Conte de la révision à partir de l'ensemble des textes de Gogol (1978), de textes en prose : Le Vivant (Živoj) d'après Mojaïev (1968), La Mère (Mat') d'après Gorki (1969), Derevjannye koni (Les Chevaux de bois) d'après Abramov (1974), Obmen (L'Échange) d'après Trifonov (1976), Le Maître et Marguerite (Master i Margarita) d'après Boulgakov (1977), Crime et Châtiment (Prestuplenie i nakazanie) d'après Dostoïevski (1979).

Avec son décorateur attitré D. Borovski, il crée des spectacles métaphoriques caractérisés par le montage, l'exhibition du matériau, le travail sur la lumière, l'utilisation de la musique et des structures musicales, le conflit des formes et des genres, le dialogue avec le public-partenaire, une prise de conscience morale et politique. En 1975, il est invité à la Scala de Milan pour monter l'opéra de Nono, Al gran sole carico d'amore. En 1977 la troupe vient à Paris au festival d'Automne avec cinq mises en scène dont Hamlet. Le brejnévisme culmine en 1981-1982 avec les interdictions successives du Suicidé (Samoubiistva) d'Erdman, de Vyssotki , spectacle-hommage à l'acteur disparu, des Démons (Besy) d'après Dostoïevski et de Boris Godounov de Pouchkine. Lors de son séjour à Londres où il monte Crime et Châtiment (théâtre Alméida, 1983), il rend publique la crise qui l'oppose au régime et il perd la direction de son théâtre, sa carte du parti communiste et la nationalité soviétique.

Il crée alors à l'étranger, en France (Les Démons, Théâtre de l'Europe, Paris, 1985), en Italie, en Autriche, aux États-Unis, en Israël et sur les grandes scènes d'opéra. Il revient dans la Moscou de Gorbatchev pour présenter Vyssotski et Boris Godounov en 1988. Il récupère son passeport soviétique en 1989 et présente enfin un autre spectacle, interdit depuis 1968, Le Vivant.

À partir de 1992, il ne dirige plus que la moitié de la troupe, scindée à l'issue d'une violente crise où s'expriment les problèmes politiques, sociaux et artistiques du moment. On a pu voir à Paris, en 1994, Boris Godounov et Crime et châtiment. Lioubimov poursuit activement sa route. Le répertoire de la Taganka qui a fêté ses quarante ans d'existence comporte des spectacles anciens repris (comme Le Tartuffe, Le Maître et Marguerite, Vyssotski), d'autres montés à l'étranger (Médée d'Euripide, crée à Athènes en 1995, Jivago, drame musical d'après Pasternak, crée à Vienne en 1993), et de nouvelles mises en scène-montages comme Les Frères Karamazov (Brat'ja Karamazovy) d'après Dostoïevski, 1997, Marat i Markiz de Sad (Marat et le Marquis de Sade) d'après Weiss, 1998, présenté au Festival d'Avignon, Faust d'après Goethe, 2002, ou Idite i ostanovite progress (Allez arrêter le progrès), d'après des œuvres des absurdistes russes, les Oberiouty, monté avec la collaboration du compositeur V. Martynov.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026