LANG Alexander
Acteur, décorateur et metteur en scène allemand.
Après avoir passé deux ans au Berliner Ensemble, il est engagé comme acteur en 1969 au Deutsches Theater (à Berlin-Est) : il y joue des rôles de jeunes premiers, notamment le rôle-titre du Prince de Hombourg de Kleist ; on l'apprécie aussi dans du Schiller ou du Müller. Accédant à la mise en scène en 1978, il s'impose coup sur coup avec un Lessing, un Toller, un Shakespeare (le Songe d'une nuit d'été, 1980), un Brecht (Têtes rondes et têtes pointues, 1983) et la pièce d'un jeune auteur d'Allemagne de l'Est, Christopher Hein. Lang conçoit la mise en scène comme un « théâtre d'acteurs » (domaine où il reconnaît sa dette à l'égard de Reinhardt et Besson), et laisse aux comédiens la bride sur le cou, ce qui n'exclut ni rigueur de mise au point ni audace d'interprétation, qualités qui appartiennent en propre au metteur en scène. C'était sensible dans la Mort de Danton (présenté au festival de Nancy, 1983) où le même acteur, Ch. Grashof offrait, en interprétant à la fois Danton et Robespierre, l'image d'un homme divisé à l'intérieur de lui-même en deux tensions (sinon tentations). C'était sensible encore, et plus violemment, avec les deux pièces de Koltès qu'il a montées : Dans la solitude… (Kammerspiele de Munich, 1987) et le Retour au désert (Thalia-Theater de Hambourg, 1988), où, contre la volonté de Koltès, Lang fait de la pièce une caricature, et de la bourgeoisie allemande, et des Arabes. L'œuvre y perd beaucoup de sa dimension mythique. Quant au Prince de Hombourg, œuvre-culte que les metteurs en scène – particulièrement les Allemands – tiennent à démystifier, Lang l'aborde (Comédie-Française, 1994) avec une insolence gamine, naviguant entre parodie et détachement. Sa mise en scène de Nathan le sage de Lessing (1997) n'a pas convaincu. Il a mis en scène Faust, à la Comédie-Française, en 1999.
Sans être délibérément provocateur, Lang rompt avec les traditions de jeu, de décoration, de fidélité au texte ; avec Cloos il partage l'idée que « tout art est lié à son temps » et qu'il est donc nécessaire de trouver des formes d'expression neuves pour la présentation des œuvres, quelle que soit leur date de parution. Aussi bien sur Büchner que sur Brecht, Lang se livre à un travail dramaturgique approfondi qui peut mener très loin de la doxa, notamment en ce qui concerne Brecht : au lien historique de la pièce (Têtes rondes…) avec le nazisme et le racisme historiques, Lang substitue une lecture contemporaine sur les jeux de la politique et l'« inculture des petits-bourgeois », le tout sur un mode ludique, clownesque même. En somme, il gomme le didactisme de Brecht au profit d'une ouverture du sens qui repose pour beaucoup sur le recours à l'image, picturale ou cinématographique. Toutes choses très propres à dérouter comme à séduire.
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Allemagne
- 20ème siècle
- 21ème siècle