KOKKOS Yannis
Scénographe et metteur en scène grec
Influencé dans sa jeunesse par le peintre grec Tsarouchis, Kokkos arrive en France en 1963. Il ne retourne à Athènes que sept ans plus tard, après la chute de la dictature des colonels. Entré à l'École supérieure d'art dramatique de Strasbourg, il suit l'atelier de Serge Creuz. Depuis il a signé la scénographie de plus de cent ouvrages de théâtre, d'opéra et de théâtre musical. De 1969 à 1990, il partage l'aventure artistique de Vitez, tant au Théâtre des quartiers d'Ivry qu'au Théâtre national de Chaillot, puis à la Comédie-Française ; sa collaboration est marquée, à Chaillot, de 1981 à 1988, par la recherche de ce réalisme enchanté qui caractérise son écriture scénographique. Chaque scénographie de Kokkos possède sa rhétorique propre, sa grammaire unique, son style dépouillé. Dans sa démarche, Kokkos travaille le vide entre les corps et l'ombre que l'acteur projette. Il laisse surgir dans l'imaginaire du spectateur tout ce qui naît de la scène et bannit l'image picturale achevée et figée, faite d'ornements et d'enjolivures, imposée à la scène. Aux régisseurs, par exemple Vitez (pour Hamlet de Shakespeare, Partage de midi, l'Échange et Le Soulier de satin de Claudel, Hernani et Lucrèce Borgia de Hugo, Électre de Sophocle, Macbeth de Verdi, Pelléas et Mélisande de Debussy, Le Triomphe de l'amour de Marivaux pour le Piccolo Teatro de Milan, La Vie de Galilée de Brecht), Lassalle (pour Théâtre de chambre et À la renverse de Vinaver, Remagen d'après Anna Seghers, La Locandiera de Goldoni, Les Estivants de Gorki, le Tartuffe de Molière), Pierre-Étienne Heymann (pour Lux in tenebris et La Mère de Brecht), Sophie Loucachevski (pour Madame de Sade de Mishima), il livre toute la liberté du trait, du volume, de la matière, de la facture sensible du costume opposée à la stricte et contraignante authenticité historique. Dans sa pratique, Kokkos s'inspire des techniques du cinématographe : fondu enchaîné, mise en perspective de la narration par le rythme d'une foule de plans successifs qu'il définit et dessine précisément, cadrage de l'espace par la lumière et les couleurs, concentration offerte par le gros plan, effet de zoom enfin, qui isole le corps de l'acteur. Artisan, Kokkos raconte des histoires en images au moyen du faux, mais du faux vrai, naturellement.
Outre la conception des espaces et des décors, Kokkos dessine les costumes des spectacles réalisés. En 1987, il signe sa première mise en scène : La Princesse blanche de Rainer-Maria Rilkeau Théâtre de la Ville/Escalier d'or, suivie de l'Oresteia de Xenakisà Gibellina en Sicile et de Iphigénie et La Thébaïde de Racine (Comédie-Française, 1991 et 1993). Il peut ainsi pleinement assumer ce principe qu'il a lui-même édicté : « Mettre en scène, créer sont des actes de poésie appliquée où mots, sons, formes, humeurs, couleurs, lumières, sentiments, mouvements, idées transforment le temps en mémoire et l'espace en émotion. » Le déploiement de ce geste poétique, semblable à une épreuve d'artiste, se retrouve au service de l'exaltation des textes : Onysos le Furieux de Laurent Gaudé (TNS, 2000), l'Orestie d'Eschyle (Théâtre d'Épidaure, 2001), Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare (Théâtre des Amandiers, 2002), Je meurs comme un pays de Dimitris Dimitriadis (Théâtre du Rond-Point, 2003). Depuis 1989, il met en scène de nombreux opéras.
Bibliographie sélective
- Yannis Kokkos, le scénographe et le héron , ouvrage conçu et réalisé par Georges Banu, Arles : Actes Sud, 1989
- 10 rendez-vous en compagnie de Yannis Kokkos , Dany Porché, Arles : Actes Sud-Papiers[Paris] : ANRAT, impr. 2005
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques
- France
- Grèce
- 20ème siècle
- 21ème siècle