JAQUES-DALCROZE Émile
Compositeur de musique suisse, inventeur et théoricien de la rythmique.
L'entraînement qu'implique la rythmique, en aidant à la synthèse des activités physiques et psychiques, favorise l'harmonie de l'être. Fondée sur une correspondance entre les sentiments et les mouvements, elle permet une connaissance scientifique du trajet physique des émotions. De plus, au commencement de la rythmique il y a la musique – Jaques-Dalcroze est d'abord un musicien qui a laissé de nombreuses partitions de musique très variée –, musique dont l'élément le plus violemment sensoriel, donc le plus étroitement lié à la vie, est le rythme, le mouvement. Et Jaques-Dalcroze postule qu'on peut voir le corps réaliser toutes les nuances du tempo et des intensités musicales : le corps humain est un instrument musical par excellence.
Double affirmation dont l'une – la liaison du corps humain et de la musique – recoupera les préoccupations d'Appia qui deviendra l'ami et le conseiller de Jaques-Dalcroze quand il obtiendra à Hellerau, près de Dresde, en 1911, la concession d'une salle réservée à sa rythmique. Ce « Bayreuth des jambes » sera aménagé selon une conception révolutionnaire qui impressionnera vivement Claudel : la salle est un vaste rectangle et ne comporte aucune scène fixe, mais des éléments mobiles aptes, en s'emboîtant, à évoquer n'importe quel lieu. Ni rampe, ni rideau, ni toile peinte, ni accessoire. « Tout est remplacé par une architecture qui donne les lignes essentielles de l'action dramatique » (Claudel), et par la lumière qui enveloppe les acteurs et les anime. Appia sera notamment la conscience théâtrale de Jaques-Dalcroze (lumières, dispositif, costumes) pour l'Orphée de Glück joué en 1913 avec un retentissement européen. La même année Claudel montera à Hellerau son Annonce faite à Marie.
L'autre affirmation, que le corps est l'instrument premier de l'artiste, a eu une influence immédiate et profonde ; sur Claudel mais aussi sur Copeau et Dullin, sur Gémier qui appelle Jaques-Dalcroze le « Jean-Jacques Rousseau de notre époque musicale », sur Pitoëff, adepte passionné : il écrit en 1923 un article enthousiaste, La Rythmique de l'acteur où on lit : « Pour que l'homme sur la scène puisse découvrir le rythme intérieur de son âme, il faut avant tout que son corps soit initié au secret du rythme. » Appia, encore, non seulement a été le commentateur le plus pénétrant de la rythmique (dans son article « La gymnastique rythmique et le théâtre », 1912), mais il a reconnu sa dette en écrivant dans l'Œuvre d'art vivant (1921) que Jaques-Dalcroze, par la création géniale de sa rythmique, lui a apporté la confirmation définitive de ce qu'il avait entrevu dès 1895. Et l'on peut ajouter que les préoccupations de Jaques-Dalcroze rejoignent par avance celles d'Artaud, de Grotowski et de Barba.
Bibliographie sélective
- Le Rythme, la musique et l'éducation , E. Jaques-Dalcroze, Lausanne, Jobin, 1920. In-8°, 234 p.
- Jaques-Dalcroze, sa vie, son oeuvre. Préface de Paul Chaponnière , H. Brunet-Lecomte, Genève, Jeheber, 1950. In-16, 290 p. [Acq. 4867] -IXd-
- Esthétique générale du décor de théâtre de 1870 à 1914 , Denis Bablet, Paris : Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1965
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- Suisse
- Autriche
- France
- 19ème siècle
- 20ème siècle