HERMANTIER Raymond
Acteur, metteur en scène et animateur français
Formé par Jacquemont, il participe tout jeune à ses tournées en Normandie où il rencontrera Vilar ; il est aussi du Miracle du pain doré réalisé par Copeau aux Hospices de Beaune (1943). Après la guerre et la Résistance qui le marquèrent durement dans sa chair, il rejoint Clavé et sa Roulotte en Alsace. Sa conception d'un théâtre populaire en plein air, exigeant et généreux, se forge là. Il aura l'occasion de l'affermir en participant dès sa fondation au festival d'Avignon (1947) et surtout en créant les Nuits du théâtre dans les arènes de Nîmes. Non seulement il y fit un triomphe (20 000 spectateurs) avec Jules César (qui sera repris en 1964 au théâtre antique de Fourvières), mais il y invente un mode nouveau (dont Hossein se souviendra) d'utilisation de l'espace : ce qu'un critique appellera le « théâtrorama » est l'osmose créative et dynamique des acteurs et des spectateurs, fondus dans la totalité du lieu théâtral. Hermantier renouvellera l'expérience, au même endroit et avec le même succès, en 1955 et 1956 avec Les Albigeois de Clavel, Coriolan, Faust, La Grande Pitié de Clavel encore, à qui le lie une profonde amitié et dont il sera le metteur en scène privilégié (Canduela, 1953).
Homme de caractère, Hermantier, poussé par un besoin d'aventures théâtrales à risques, choisit des œuvres fortes qui exigent du souffle : Marie Stuart de Schiller, créée en 1951, reprise en 1963 à la Comédie-Française ; Don Carlos du même Schiller, 1956 ; Egmont de Goethe et 14 juillet de Rolland, 1957. Parmi les modernes, ses goûts sans œillères le mènent de Mogin à Brasillach (La Reine de Césarée, 1957) et à Roger Garaudy (Prométhée 48, 1958).
Pendant trois ans (1959-1961), chargé de mission culturelle, il sillonne les douars de l'Algérie profonde en montant en arabe et kabyle, avec des acteurs du cru, des œuvres de la tradition populaire ou Le Testament du père Leleu. Puis il part en Afrique comme animateur, de brousse d'abord, puis à Dakar où il monte Macbeth avec la troupe du Théâtre national (1970). Mais ses créations africaines sont plus marquantes encore : l'Exil d'Albouri de Cheikh Ndao (médaille d'or au premier festival panafricain d'Alger) ; Amazoulous, mystère noir d'A. Antaka (première réalisation du groupe de scénographie créé en 1970) ; Général Manuel Hô du même auteur d'après Gouverneurs de la rosée du Haïtien J. Roumain (prix du théâtre de langue française de la ville de Lyon, 1979) ; et, pour clore les nombreux séjours africains d'Hermantier : Tête d'or avec Oumar Seck dans le rôle-titre (1982) et Les Bouts de bois de Dieu, adaptation du roman du Sénégalais Ousmane Sembène (1984). Durant toutes ces années, en tant que formateur, il a insufflé aux comédiens le même style de jeu épique qu'il avait mis au point lors des festivals de plein air, en France mais en donnant à ce jeu, grâce à l'élan de ces acteurs noirs, une nouvelle dimension.
Depuis, Hermantier est redevenu acteur, toujours passionné d'expériences (Hérode de C.H. Rocquet), toujours animé de la même foi : participation à la mise en scène par Terzieff de Meurtre dans la cathédrale d'Eliot (1995).
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle