FRESNAY Pierre
Pseudonyme de Pierre Jules Louis Laudenbach
Acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, metteur en scène et directeur de théâtre français.
Issu de la bourgeoisie protestante aisée, Fresnay entre au Conservatoire en 1914 et, l'année suivante, se retrouve au Français où il débute en Clitandre des Femmes savantes. Puis ce furent, après nombre de Musset, des classiques et des modernes, jusqu'à ce Chevalier de Colomb de F. Porché qui lui vaut le sociétariat en 1924. Il quitte le Français en 1927 après y avoir joué, en douze ans, soixante-deux rôles du répertoire dont vingt créations : Fresnay est parti avec éclat pour jouer du Guitry au Boulevard ce qui, étant donné les règlements de la Maison, ne va pas sans entraîner un procès qu'il plaide lui-même mais qu'il perd. La carrière de Fresnay au Boulevard s'affirme surtout avec Marius (au théâtre Michel, 1931, 513 représentations) ; Marius, de plus, est réalisé la même année au cinéma, ce qui marque les véritables débuts d'une carrière filmique extrêmement féconde. Au théâtre Michel il multiplie les créations de Boulevard (Guitry, Puget, Steve Passeur) ou, sur d'autres scènes, de pièces plus ambitieuses (Obey, Anouilh). En 1931 il joue pour la première fois avec Yvonne Printemps (qui deviendra sa femme) dans Sa dernière volonté de Guitry. En 1935 le théâtre Marigny accueille Printemps et Fresnay dans Margot de Bourdet ; le trio se retrouvera deux ans plus tard à la tête du théâtre de la Michodière dont Printemps deviendra la codirectrice avec Victor Boucher. Au théâtre des Bouffes-Parisiens, c'est le triomphe du couple Fresnay-Printemps avec Trois Valses (1937). Metteur en scène de tous les spectacles de la Michodière, Fresnay tient aussi les rôles principaux de Léocadia et du Voyageur sans bagage d'Anouilh (1940 et 1944), de Père et du Vient de paraître d'Édouard Bourdet (1942 et 1944), sans parler des Achard et des Roussin. Classique de formation, Fresnay partage le point de vue d'un Copeau ou d'un Jouvet et dit : « Une bonne mise en scène est celle qui ne se voit pas. Un bon metteur en scène, celui qui ne signe pas. » Fresnay reste fidèle au Boulevard qui, pour lui, est le « théâtre vivant » ; et l'avant-garde est représentée à ses yeux par Obey et Anouilh. Les meilleures créations « modernes » de Fresnay seront « Mon Faust » de Valéry au théâtre de l'Œuvre (en 1962) et Le Neveu de Rameau en 1963, qui est, avec Marius, la pièce que Fresnay a jouée le plus longtemps. Il y aura encore l'Idée fixe du même Valéry, en 1966.
Le talent particulier de Fresnay tient à un jeu à la fois très retenu (gestuelle contrainte, diction sifflée à bouche fermée, voix souvent fabriquée) et très apte à composer les personnages les plus divers, mais sur cette base unique. Dans les années trente Colette l'a dépeint comme « un acteur charmant et jeune, doué d'un physique léger d'écureuil, d'un beau regard convaincant et d'une intelligence aiguë. Il a comme un superflu lumineux de compréhension ». Plus âgé, Fresnay n'a rien perdu d'une intelligence qui trouve en Diderot et Valéry de puissants catalyseurs : tout chez lui est dans le masque, dans l'œil narquois, dans les plis de la bouche. Fresnay est un acteur de tête qui n'a sans doute trouvé l'occasion d'exercer à plein ses qualités qu'avec des auteurs qui pensent plus à faire montre de leur intelligence que de leurs talents dramatiques. Fresnay s'est interdit du même coup les très grands rôles du répertoire.
Bibliographie sélective
- Pierre Fresnay / Fresnay et Possot , Paris : la Table ronde, 1975
- Pierre Fresnay. [4e édition.] , Albert Dubeux, Paris, Calmann-Lévy(Mayenne, impr. de Floch), 1950. In-16 (190 x 140), 133 p., portrait. 240 fr. [D. L.13110 bis-50] -IXe- .2029
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 20ème siècle