FRISCH Max

Zurich, 1911 - 1991

Romancier, essayiste et auteur dramatique suisse d'expression allemande, une des figures les plus marquantes de l'intelligentsia helvétique.

Après des études de lettres, il voyage en qualité de journaliste indépendant. Il acquiert son diplôme d'architecte en 1942 et ouvre un bureau, qu'il abandonne en 1954. Tout en visitant le monde entier, il habite Zurich, New York et le Tessin. Sur les douze pièces qu'il a écrites, onze ont été créées au Schauspielhaus de Zurich, dont des émigrés ont fait, avec des Suisses, le haut lieu du théâtre antifasciste. Frisch y rencontre Teo Otto et Brecht dont il est le premier à lire le Petit Organon. Autant dire que sa dramaturgie s'élabore en débat avec celle du maître : dramaturgie de la démonstration, de l'élucidation, opposée à celle de l'imitation illusionniste. En 1945, l'Allemagne sans voix cherche des échos de ce qu'elle vient de commettre et de vivre. À point nommé, Frisch traite de la guerre, du fascisme et des complicités qu'il s'est acquises ; de l'impuissance, voire de la démission des intellectuels ; de la bombe atomique. Mais, plus attentif que Brecht aux difficultés de la subjectivité, il aborde aussi les relations du je et du tu et le péril que fait courir la désobéissance à ce commandement : « Tu ne te feras pas d'image taillée. » La pièce la plus célèbre, Andorra (1961), montre précisément les ravages que provoque l'image (« c'est un juif ») que les citoyens d'Andorra se font du jeune Andri, fils adoptif, et à laquelle Andri se conforme, jusqu'à être emmené et fusillé. Même thème dans Don Juan ou l'Amour de la géométrie (Don Juan oder Die Liebe zur Geometrie, 1953) : ce qui fascine le héros, c'est la connaissance. Aussi met-il en scène sa propre descente aux enfers pour produire aux yeux du monde le dénouement mythique qui protégera son projet d'existence. Mais les rôles qui lui sont imposés, et qu'il accepte, le détournent de l'identité qu'il s'était prévue : le je est « sans garantie ». Thème complémentaire, celui de l'aveuglement, dans Monsieur Bonhomme et les Incendiaires (Biedermann und die Brandstifter, 1958) : quoiqu'il sache que des incendiaires sévissent, Monsieur Tout-le-monde héberge deux vagabonds chargés de bidons d'essence et, peureux, apolitique, tente de s'en faire des amis. Parodie du chœur antique, le chœur des pompiers l'exhorte en vain : il ira jusqu'à fournir l'allumette fatale. La dramaturgie de Frisch aime transgresser les limites entre les mondes, les espaces, les temps. Dans la Grande Muraille (Die Chinesische Mauer, 1946), l'homme d'aujourd'hui converse avec l'empereur de Chine, Brutus, Christophe Colomb ou Napoléon.

En 1989, Frisch réagit à l'initiative populaire soumise au vote, « Pour une Suisse sans armée », par un dialogue entre un jeune homme et son grand-père. La même année, Besson met ce dialogue en scène à Zurich et conjointement, en français, à Lausanne.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Suisse
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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