NESTROY Johann Nepomuk
Auteur dramatique et comédien autrichien.
Après un début de carrière comme chanteur d'opéra, de 1822 à 1826, il est engagé comme comédien au Theater an der Wien sous la direction de Carl Carl ; en 1833, pour la première fois, il est aussi apprécié comme auteur dramatique avec la farce Der böse Geist Lumpazivagabundus (Le Fantôme méchant L.) ; en 1854, finalement, Nestroy prend la direction du Leopoldstädter Theater dans la banlieue viennoise, succédant à Carl Carl. En 1860 Nestroy se retire à Graz, à l'époque ville de rentiers. Il ne joue plus de façon régulière, sauf quelques rôles en tournée.
Dans la plupart de ses pièces Nestroy cultive un genre issu d'un côté du théâtre populaire viennois, de l'autre du vaudeville parisien : La Posse mit Gesang, sorte de farce burlesque avec couplets qui se refèrent souvent à l'actualité politique et sociale. Autres genres cultivés : la parodie (littéraire, d'opéra), la pièce féerique traditionnelle (Périnet, Raimund), mais ironisée, la comédie sociale. Souvent les personnages principaux s'adressent directement au public (comme dans les apartés de la comédie italienne) ; de la sorte, les improvisations échappent souvent à la censure du Biedermeier. Le personnel du théâtre nestroyen se compose de petits bourgeois, d'artisans, d'épiciers, de serveurs et serveuses, mais aussi de grands bourgeois (capitalistes, rentiers).
Le dramaturge Nestroy – c'est une règle – crée dans toutes ses pièces un grand rôle pour l'acteur Nestroy, rôle qui correspond à sa physionomie mince et nerveuse et à son esprit vif et ingénieux. Le second grand rôle est normalement dédié à son partenaire lent et gros, Wenzel Scholz.
La satire de Nestroy attaque les faiblesses humaines en général comme la cupidité, les préjugés, l'arrogance sociale non sans faire allusion aux tares politiques. Mais en somme, les thèmes et thèses politiques restent rares, surtout à l'époque « Vormärz » (« avant-mars », Biedermeier) à cause de la censure. Pendant la révolution de 1848 Nestroy partage en grande partie les points de vue des révolutionnaires qui s'expriment dans les pièces Freiheit in Krähwinkel (Liberté en K.), Der Schützling (Le Protégé), Kampl, écrites en 1848 et 1849. Déjà en 1846, Nestroy écrit avec la farce Der Unbedeutende (L'Homme peu important) une pièce véritablement démocratique. Autres pièces couronnées de succès : Zu ebener Erde und erster Stock (Rez-de-chaussée et premier étage, 1835) : des pauvres et des riches habitent la même maison, source de conflits entre là-haut et ici-bas ; Der Talisman (Le Talisman, 1840) : Titus et Salomé, deux pauvres aux cheveux rouges, s'unissent contre les préjugés de leur société ; Das Mädl aus der Vorstadt (La Jeune Fille de banlieue, 1841) ; Einen Jux will er sich machen (Une pinte de bon sang aux dépens d'autrui, 1842) ; Der Zerrissene (L'Homme déchiré, 1844) ; Frühere Verhältnisse (Des relations d'autrefois, 1862) ; Häuptling Abendwind (Le Chef de tribu nommé « brise du soir », 1862).
Après la mort de Nestroy, son théâtre a été peu représenté (bien que tout Vienne ait suivi son cercueil). La renaissance ne commence qu'au XXe siècle, relancée par Kraus et ses lectures, auxquelles succède un essai sur l'importance de Nestroy (1922). Nestroy est beaucoup monté encore aujourd'hui par des petits théâtres ainsi que par des salles subventionnées comme le Burgtheater.
Bibliographie sélective
- Die Alt-Wiener Volkskomödie, ihre Geschichte vom barocken Welt-Theater bis zum Tode Nestroys... , Otto Rommel, Wien, A. Schroll, (s. d.). In-4°, 1096 p., pl., planche en coul., portr. [Ech. int. 20315] -Xb-