CROMMELYNCK Fernand
Dramaturge belge d'expression française.
Homme de théâtre internationalement reconnu, son œuvre signe les débuts d'un renouvellement complet de l'esthétique théâtrale. L'art de mêler la farce au drame dans une démesure et un baroquisme déconcertants pour l'époque a entraîné dans sa dynamique des créations scéniques révolutionnaires tant dans la conception du décor que dans le jeu des acteurs.
La première pièce de Crommelynck est une comédie en un acte et en vers, d'un optimisme joyeux. Nous n'irons plus au bois est créée avec succès au théâtre du Parc (Bruxelles) en 1906 et sera jouée à diverses reprises dans les années trente. La même année, Crommelynck écrit la première version en vers du Sculpteur de masques qui sera aussitôt traduite en russe et jouée à Moscou. C'est en 1911 qu'apparaîtra la version définitive en trois actes et en prose. Ce drame raconte « la détérioration progressive des sentiments et de la raison » d'un trio amoureux. L'art de mener à l'extrême cet inextricable nœud relationnel, par une progression dramatique implacable et fataliste, annonce les grandes œuvres à venir. La pièce est créée en 1911 au théâtre du Gymnase (Paris).
La création suivante est celle du Marchand de regrets (pièce en un acte, 1909) au théâtre du Parc en 1913 (les Pitoëff monteront la pièce à Paris au théâtre des Arts en 1927). Le Marchand de regrets raconte le drame d'un antiquaire jaloux des amours de sa femme. Le thème de la jalousie, traité ici avec fraîcheur et audace, va être exploité de façon magistrale dans la pièce la plus célèbre de Crommelynck : le Cocu magnifique. Librement inspirée d'Othello de Shakespeare, cette farce en trois actes met en situation la jalousie poussée à son degré le plus fou. Le tragique et le comique sont étroitement mêlés dans une progression dramatique qui n'est plus régie par la raison mais par le fantasme obsessionnel du mari jaloux, force pulsionnelle d'une extrême violence. La parenté de Crommelynck avec l'expressionnisme est ici évidente. Lors de la création en 1920 au théâtre de l'Œuvre de Lugné-Poe à Paris, la pièce remporta un immense succès. En 1922, Meyerhold monte le Cocu magnifique au théâtre de l'Acteur (Moscou) dans une optique tout à fait révolutionnaire.
Après le succès, c'est l'échec avec la création des Amants puérils à la Comédie Montaigne (m. en sc. Baty, 1921) ; même constat lorsque Tripes d'or est représenté à la Comédie des Champs-Élysées (m. en sc. Jouvet, 1925). Pourtant cette dernière dépasse en invraisemblance et en non-sens le Cocu magnifique dans la mesure où le protagoniste, au comble de l'avarice, finira par avaler son or. La pièce suivante, Carine ou la Jeune Fille folle de son âme, jouée au théâtre de l'Œuvre, en 1929, met en scène le concept de la pureté virginale qui dissocie la tendresse de la sexualité et la confronte à l'idée de la luxure. Crommelynck reprendra quelque peu ce thème dans une comédie en trois actes, Une femme qu'a le cœur trop petit. Parfaite maîtresse de maison, Balbine a pourtant une grande faiblesse : tout ce qui touche à la sexualité la fait défaillir de crainte. D'un tempérament bien flamand, cette comédie, au verbe truculent et lyrique à la fois, est créée en 1934 au palais des Beaux-Arts (Bruxelles) et au théâtre de l'Œuvre. Elle sera, avec Chaud et froid ou l'Idée de Monsieur Dom, « une des pièces les plus connues et les plus jouées de Crommelynck ». Cette dernière pièce, remarquable par la langue, l'humour macabre et l'entrelacement dense des thèmes, expose « la jalousie et la vengeance posthume d'une femme ». Après avoir été jouée en 1934 à la Comédie des Champs-Élysées et au théâtre des Galeries (1940), elle connaîtra une carrière mondiale.
Bibliographie sélective
- Théâtre , III, Fernand Crommelynck, [Paris] : Gallimard, 1986
- Le Théâtre de Crommelynck , érotisme et spiritualité, Gisèle Feal, Paris : Lettres modernes, 1976
- Fernand Crommelynck ou le théâtre du paroxysme / Jeanine Moulin ; [éd. par l']Académie royale de langue et de littérature françaises. , Bruxelles : Académie royale de langue et de littérature françaises, 1978.
- Le cocu magnifique , Fernand Crommelynck ; préf. de Jean Duvignaudlecture de Paul Emond, Bruxelles : Labor, 1987
- Fernand Crommelynck , une dramaturgie de l'inauthentique, Pierre Piret, Bruxelles : Labor, 1999
- Lettres françaises de Belgique , dictionnaire des oeuvres, III, Le théâtre, Robert Frickx, Raymond Trousson, ParisLouvain-la-Neuve : Duculot, 1989
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Belgique
- 19ème siècle
- 20ème siècle