Trauerspiel
[drame baroque]

Littéralement « jeu du deuil » ou de la tristesse, le Trauerspiel désigne en Allemagne un certain type de théâtre baroque qui se développa dans la seconde moitié du XVIIe siècle, principalement en Silésie. Contemporain des ravages de la guerre de Trente Ans, le Trauerspiel surprend par son profond pessimisme, sa morale stoïcienne, sa cruauté et sa tristesse. Peu riche en action et en intrigues psychologiques, il fut éclipsé par la tragédie classique française, Shakespeare, Calderón et le drame historique.

Né dans une époque de troubles politiques et de misère, le Trauerspiel puise ses racines dans les poétiques de Heinsius et surtout de Opitz , qui traduisit en allemand Les Troyennes de Sénèque. Marqué par des influences contradictoires – tragédies grecques et surtout romaines, « drames des ordres religieux », troupes d'acteurs anglais itinérants, tragédies néoclassiques de l'auteur hollandais Jost Van den Vondel (1587-1679) – il emprunte à Aristote certaines règles fondamentales de la tragédie, à Sénèque sa morale. Pourtant le Trauerspiel s'écarte radicalement de la tragédie grecque. Le héros baroque demeure dans l'immanence. Le plus souvent souverain, écorché et martyrisé, ce n'est que dans le stoïcisme avec lequel il accepte ses souffrances qu'il prouve sa grandeur. Le héros, s'il s'en tient à l'immanence, est voué au désespoir, il doit donc se tourner vers la transcendance pour trouver son salut. Se confondant alors avec le Christ (thème emprunté au « drame des martyrs » des jésuites), il devient un exemple moral et le symbole de la précarité des choses terrestres. Le critique Walter Benjamin qui lui consacra sa thèse, Origine du drame baroque allemand (Ursprung des deutschen Trauerspiels, 1927), le livre le plus profond écrit sur ce thème, souligne le rôle unique qu'y joue l'allégorie, ultime effort pour sauver au sein du christianisme la nature païenne devenue muette. Il montre aussi comment l'allégorèse baroque, à travers toute l'histoire, ne retient comme ultime signification qu'un masque vide : celui de la mort.

Répartis par les historiens en une ou deux « écoles silésiennes », les auteurs de Trauerspiel furent souvent de hauts fonctionnaires protestants, marqués par la rhétorique de l'époque et leurs œuvres, très austères, relativement peu jouées. Gryphius est considéré comme l'inventeur de la tragédie allemande. Lohenstein est qualifié de « Sénèque allemand » ; Johann Christian Hallmann (1640-1716), surtout connu par sa tragédie Mariamne (1670), emprunte des éléments à la pastorale et à l'opéra italien. August Adolph von Haugwitz (1647-1706) tente de revenir vers le modèle classique de la tragédie hollandaise (Marie Stuart, 1696). Quant à Christian Weise (1642-1708), son œuvre constitue la transition entre le Trauerspiel et le drame bourgeois.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 17ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026