GRYPHIUS Andreas
Dramaturge allemand, le premier en date et le plus prestigieux des grands auteurs de l'école baroque silésienne.
Fils d'un pasteur, son enfance et son adolescence sont assombries par des deuils familiaux et les désastres de la guerre de Trente Ans. À partir de 1638, il passe six années à Leyde, où il enseigne la rhétorique et fréquente Heinsius et Hugo Grotius. Après un voyage de trois ans, qui le conduit à Paris et en Italie, il deviendra haut fonctionnaire au parlement régional de Silésie.
On lui doit quatre tragédies (Trauerspiele) : Léon d'Arménie ou le Meurtre du prince (1646), Catherine de Géorgie ou la Constance à l'épreuve, Charles Stuart (1649), Papinien (1659), une tragi-comédie, Cardenio et Celinde (1649), et trois comédies. Ses drames prennent appui sur Vondel, la tragédie française (Corneille), le théâtre de Sénèque et le drame des jésuites. Mais par rapport à celui-ci, l'accent se déplace de la théologie morale vers une théologie du politique ; le personnage central reste le martyr, mais celui-ci, sauf dans Papinien, est maintenant un monarque. De même, Charles Stuart, qui oppose le principe monarchique et le principe révolutionnaire, est écrit à la gloire du roi Charles Ier d'Angleterre, qui venait d'être décapité. Que le souverain soit légitime ou non, qu'il soit bon ou tyrannique, catholique ou protestant, la majesté du pouvoir royal est intangible. Dans Catherine de Géorgie et dans Papinien, le monde politique n'est plus le lieu de l'échec, mais celui où s'affirme, contre l'instabilité des choses et les aléas de la fortune, la valeur de « constance » du néo-stoïcisme chrétien.
Les drames de Gryphius sont écrits en alexandrins (vers iambiques à six accents et à rimes plates) se prêtant particulièrement bien à la sentence et à la stichomythie, et Gryphius, nourri de la tradition rhétorique, s'y montre un grand maître du langage baroque, au même titre que dans ses quelque quatre cents sonnets. L'action est divisée en cinq actes (Abhandlungen), auxquels s'ajoutent les intermèdes (Reihen) écrits en des mètres très variables et prononcés par des chœurs de personnages participant à l'action ou par des allégories. Cette structure « stéréométrique » sera adoptée par toute l'école silésienne jusqu'à la fin du baroque.
Bibliographie sélective
- Ursprung des deutschen Trauerspiels , Walter Benjamin ; [revidierte Ausgabe besorgt von Rolf Tiedemann], Frankfurt am Main : Suhrkamp Verlag, 1963
- Versuch über das Tragische , Peter Szondi, Frankfurt am Main : Insel-Verlag, 1961
- Andreas Gryphius , Eberhard Mannack, Stuttgart : J. B. Metzler, cop. 1986
- Geschichte, Politik und Gesellschaft im Drama des 17. Jahrhunderts , Elida Maria Szarota, BernMünchen : A. Francke, 1976
- Le légiste magnanime ou La mort d'Émilien Paul Papinien , tragédie, Andreas Gryphius... ; version française par Jean-Louis Raffy, Paris : Aubier, 1993
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Allemagne
- 17ème siècle