Société
(Le théâtre de)
Le XVIIIe siècle est celui du théâtre de société ; on parle de la métromanie comme de la maladie qui pousse à écrire des vers. Des domestiques à la famille royale, du petit village au Grand-Trianon, des milliers de groupes pratiquent le théâtre.
L'importance du théâtre de société est d'abord quantitative : elle témoigne de la connaissance du théâtre dans des milieux souvent inattendus, et d'un goût passionné. Signalons, venus de la fin du Moyen Âge, les mystères et vies de saints joués par les paysans bretons, les concours de théâtre organisés par les sociétés de rhétorique flamandes : le théâtre rural bat son plein au siècle des Lumières.
Le théâtre écrit pour les amateurs fleurit dans les cercles bourgeois un peu lettrés (voir la Métromanie de Piron). Des auteurs au titre de secrétaire ou de précepteur fournissent les sociétés nobles, jusqu'à la cour de Sceaux ; Collé, Carmontelle sont grands producteurs de pièces courtes, coquettes, en général en prose, souvent « de circonstance ».
Des sociétés plus modestes, avec statuts et membres cotisants, jouent le répertoire de la Comédie-Française, et sont un banc d'essai pour de futurs acteurs : Lecouvreur, Lekain, Talma font leurs écoles en société. C'est là aussi que se révèlent les auteurs refusés ou censurés, et même les autres, à commencer par Voltaire qui joue partout où il va les rôles de père noble dans ses propres pièces.
École des acteurs et des auteurs, le théâtre de société est surtout l'école des spectateurs, il leur rend le spectacle à la fois nécessaire et familier.
Dans une moindre mesure, ce phénomène touche toute l'Europe des Lumières : de Catherine II de Russie qui écrit et fait jouer en français aux représentations familiales attestées par des romanciers comme Jane Austen.
Bibliographie sélective
- La comédie de société au XVIIIe siècle , Victor Du Bled, Paris : Calmann-Lévy, 1893