Slovaque
(Le théâtre)

Le théâtre slovaque fait partie de la sphère culturelle de l'Europe centrale. Les premières manifestations théâtrales remontent aux IXe et Xe siècles, à l'époque de l'empire de la Grande-Moravie que les Slovaques avaient fondé alors avec les Moraves. Les premiers en Europe centrale ils adoptent le christianisme, ce qui entraîne une rapide évolution de leur culture.

Les origines

Sur le territoire de la Slovaquie, la culture théâtrale au Moyen Âge ressemble à celle de toute l'Europe centrale : le drame médiéval est lié à la liturgie, il se déroule dans les églises et se joue en latin. Élargissant les leçons de l'Évangile, des cycles entiers de jeux de la Nativité et de la Passion sont créés à l'occasion des principales fêtes. La première mention témoignant de la pratique des jeux liturgiques se trouve dans le Codex de Pray (XIIe siècle). Avec l'introduction d'épisodes profanes dans les textes sacrés, le théâtre se sécularise : les spectacles se déroulent sur les places publiques. En témoignent des documents écrits datant de la première moitié du XVe siècle. De la fin du XVe siècle provient un objet précieux se rapportant au théâtre : un tombeau du Christ, en bois, muni de roues ; il participait à l'action dans les représentations de la Passion au couvent de Saint-Beňadik en Slovaquie centrale, et il était complété par une marionnette du Christ aux membres mobiles.

Peu à peu, la langue nationale pénètre dans les représentations. En Slovaquie, c'était le slovaque, et surtout l'allemand, car dans les villes résidaient nombre de colons allemands. En 1465, la première université slovaque, Academia Istropolitana, est fondée à Bratislava. Pendant la période de la Réforme, le théâtre fait partie intégrante de l'éducation. Aux XVIe et XVIIe siècles, on joue dans les écoles réformées des jeux allégoriques avec des sujets bibliques et religieux. Du XVIe siècle proviennent les œuvres des premiers auteurs dramatiques slovaques importants : Pavol Kyrmezer et Juraj Tesák Mošovský. Pasteurs protestants, ils cherchent plus tard refuge en Moravie et en Bohême. Ayant écrit leurs pièces en tchèque, ils sont devenus en même temps les fondateurs du drame humaniste tchèque et du drame protestant.

Dans l'histoire théâtrale de la Slovaquie, l'une des premières réussites est due au théâtre baroque et surtout aux activités des jésuites et des piaristes. En 1635, l'université catholique de Trnava est fondée ; en 1657, celle de Košice. Le théâtre jésuite était riche en effets scéniques, en décors, et de ce fait très spectaculaire. On a évalué le nombre des pièces représentées par les jésuites, entre 1601 et 1773, à plus de dix mille. L'une des premières représentations de ce genre de théâtre, qui sera pratiqué jusqu'au XIXe siècle, a lieu au collège jésuite à Spišská Kapitula (1648). Au XVIIe siècle sont créées les premières scènes permanentes dans des salles de théâtre (Bratislava, Trnava) avec toute une machinerie scénique, des décors et des costumes baroques. C'est alors que commencent à se produire en Slovaquie – comme partout en Europe centrale – des compagnies ambulantes allemandes et italiennes, qui présentent du théâtre, de l'opéra et des marionnettes. Les premiers théâtres sont construits, d'abord en bois, puis en pierre (Trnava, 1762 ; Bratislava, 1776 ; Košice, 1789). Des théâtres privés existent dans des résidences de la noblesse, en ville ainsi qu'à la campagne.

Naissance du théâtre slovaque

Des groupes d'étudiants, de prêtres, d'intellectuels et de bourgeois lancent, à partir de la fin du XVIIIe siècle, le mouvement de renouveau national. À sa tête se trouvent Anton Bernolák et L'udovit Štúr dont la volonté est aussi de créer un théâtre national. Il n'y a d'abord que des théâtres d'amateurs et d'étudiants, qui cherchent à faire concurrence aux troupes ambulantes étrangères et à encourager la vie théâtrale. Leur première prestation en langue locale a eu lieu à Liptovský Mikuláš en 1830, puis dans d'autres villes (Martin, Brezno, Levoča, Myjava et Sobotište). Ils poursuivent leur activité tout au long du XIXe siècle en dépit de l'interdiction des autorités hongroises. Ce mouvement servira aussi de base à la littérature dramatique slovaque, dont la première réalisation est une comédie campagnarde de Juraj Palkovič, Dva buchy a tri šuchy (Deux Boums et trois ploufs, 1800). Le premier classique de l'art dramatique slovaque est Chalupka. Jonáš Záborský(1812-1876), Ján Palárik (1822-1870) sont avec Chalupka les auteurs slovaques les plus significatifs du XIXe siècle. En cette période – et depuis le XIe siècle –, la Slovaquie fait partie de la Hongrie, qui essaie de priver les nations non magyares de tous leurs droits. Aussi est-il impossible de créer un théâtre professionnel slovaque ; interdit également de fonder des écoles slovaques et d'autres institutions culturelles. On parvient néanmoins à construire à Martin un bâtiment qui abrite à partir de 1889 différentes activités culturelles et théâtrales de portée nationale. Le réalisme et le naturalisme s'imposent très vite, à la fin du XIXe siècle, dans les œuvres de Tajovský ou de Jozef Hollý (1879-1912). Une personnalité tout à fait exceptionnelle fut celle de Pavol Országh Hviezdoslav (1849-1921), poète, traducteur et auteur dramatique : il est l'auteur de la tragédie biblique Herodes a Herodias (Hérode et Hérodias, 1909).

XXe siècle : une nouvelle naissance

Au début du siècle, si le théâtre slovaque est en mauvais état du fait des interdictions des autorités hongroises, la littérature dramatique, elle, peut se développer librement. Phénomène particulier : en Slovaquie survivent des restes de théâtre populaire religieux et rituel d'origine très lointaine ; dans les années trente à soixante-dix, ce théâtre a pu être analysé par les ethnologues Peter Bogatyriov, Karol Plicka et Martin Slivka.

La première République tchécoslovaque, créée en 1918, libère la culture slovaque de l'oppression hongroise, mais impose en même temps la thèse d'une nation commune tchécoslovaque niant l'entité slovaque. Conformément à cette conception, le Théâtre national slovaque est fondé à Bratislava, en 1920. Dès le début, ce théâtre est placé entre les mains d'une troupe ambulante tchèque de second ordre. Ce n'est qu'après de durs combats politiques et de nombreuses négociations, qu'on réussit, en 1932, à imposer au sein du Théâtre national la création d'un ensemble slovaque indépendant dont l'activité se déroulera parallèlement à celle de l'ensemble tchèque. Faute d'une solide base professionnelle, le jeu et la mise en scène stagnent dans les premières décennies, tandis qu'en revanche la littérature dramatique slovaque se développe très rapidement, au rythme de l'Europe ; le réalisme est progressivement remplacé par le symbolisme et l'expressionnisme : Vladimír Hurban Vladimírov (1884-1950), Július Barč-Ivan (1909-1953) ; on assiste à la naissance du drame moderne, politiquement engagé avec Ivan Stodola (1888-1977), Peter Zvon (1913-1942).

La lutte pour la slovaquisation du Théâtre national slovaque – phénomène paradoxal – est menée à bon terme grâce à Borodáč : sous sa direction le théâtre slovaque connaît, dans les années trente et quarante, son plein essor et rattrape son retard. Il assimile rapidement les courants du théâtre européen et crée sa propre variante de l'avant-garde avec Jamnický, et du modernisme avec Hoffmann. La première République slovaque indépendante (1939-1945) se montre aussi favorable à ce processus : durant sa courte existence est éliminée définitivement l'influence des troupes ambulantes tchèques qui n'ont pas eu le souci d'éveiller l'intérêt du public pour des pièces de qualité.

L'après-guerre : métamorphoses et continuité

En 1945, la Tchécoslovaquie restaurée, on liquide les institutions républicaines : en 1948, le Parti communiste s'empare, pour quarante années, de tous les pouvoirs. L'un des points de son programme exige que l'art théâtral soit accessible aux larges masses des travailleurs, ce qui entraîne la naissance de plusieurs ensembles professionnels dans presque toutes les grandes villes de Slovaquie (aux théâtres déjà existants à Bratislava, Košice, Martin, Nitra et Prešov s'ajoutent progressivement des théâtres à Žilina, à Zvolen, à Banská Bystrica, à Trnava, à Spišská Nová Ves, à Komárno, à Považská Bystrica). Parallèlement à cette campagne, on introduit l'esthétique du réalisme socialiste, avec, pour conséquence, l'appauvrissement de la vie théâtrale. La gamme de styles et de courants artistiques pratiqués jusqu'alors est considérablement réduite. À partir des années cinquante, les choix doivent s'orienter vers le théâtre classique slovaque, vers le théâtre soviétique ou celui d'autres pays du bloc soviétique. On tolère également les pièces nouvelles écrites dans l'esprit des règles schématiques du réalisme socialiste. Le contact avec l'Europe occidentale est coupé.

Une nouvelle ouverture, lente et prudente, s'opère dès la seconde moitié des années soixante : les meilleures traditions artistiques du théâtre slovaque sont restaurées (mises en scène de Zachar, et de Budský) ; on renoue avec le théâtre de Brecht. On enregistre la naissance de petits ensembles expérimentaux, de studios-théâtres qui libèrent leurs créations du schématisme de l'époque précédente (Pietor et Strnisko). En 1968 est fondé à Bratislava, le théâtre Divadlo Na Korze qui recrute de jeunes personnalités du théâtre, conscientes de l'absurdité du monde. Après l'occupation de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie (1968), ce théâtre est liquidé par la nouvelle administration, en 1971.

Les années soixante-dix et quatre-vingt sont marquées par des tendances contradictoires. Alors que dans le nouveau régime totalitaire c'est le conformisme qui prédomine, le théâtre réussit à exprimer des idées fortes et justes grâce aux nouveaux moyens d'expression visuels, artistiques et scénographiques qui échappent à la censure. Le théâtre profite d'un nouveau style de mise en scène pratiqué par la jeune génération. Celle-ci, avec les metteurs en scène Ľubomír Vajdička (né en 1944), Bednárik, ainsi que les scénographes Ciller et Ján Zavarský (né en 1948), refuse de couper les contacts avec les tendances les plus modernes du théâtre d'Europe occidentale.

Après la révolution démocratique et la chute de l'ancien régime en 1989, s'ouvre enfin la possibilité d'une création libre, favorisée également par la libération nationale et la naissance de la République slovaque indépendante en 1993. Le théâtre se libère du contrôle de l'État. Parallèlement aux ensembles déjà existants, de jeunes groupes expérimentaux commencent à développer leurs activités. Les plus importants sont le théâtre Stoka de Bratislava, dirigé par le metteur en scène Uhlár et le théâtre GunaGU, dirigé par le dramaturge Viliam Klimáček. On recommence à jouer les pièces de Karvaš. Cette époque est marquée aussi par l'activité créatrice de Vychodil.

Sur une durée relativement courte, le théâtre slovaque parvient à rattraper son retard. Le pays dispose d'un large réseau de théâtres spécialisés : théâtre dramatique, opérette, pantomime (Milan Sládek, né en 1938, qui travaille en Allemagne et en Slovaquie), opéra, cabaret (Milan Lasica, né en 1940, et Július Satinský, 1941-2002), comédie musicale, théâtre de marionnettes. À mentionner encore le Théâtre naïf de Radošina (sous la direction de Stanislav Štepka, né en 1944). Le scénographe Boris Kudlička (né en 1972) travaille sur une scène internationale. En Slovaquie, il y quatre théâtres pour les minorités (deux théâtres hongrois, un théâtre ruthène et un théâtre rom). À Bratislava et à Banská Bystrica se trouvent des écoles supérieures ; des revues de théâtre (Javisko, Slovenské divadlo) sont éditées. En 2007 à Bratislava a été inauguré un nouvel édifice moderne, le Théâtre national slovaque. La nouvelle génération des metteurs en scène prend sa place dans diverses compagnies : Roman Polák (né en 1957), Matúš Oľha (né en 1959), Miloš Karásek (né en 1960), Ondrej Šoth (né en 1960), Svetozár Sprušanský (né en 1971), Jozef Gombár (né en 1973), Viliam Dočolomanský (né en 1975).

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Zone(s) géographique(s) :
  • Slovaquie
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026