Piccolo teatro
Créé à Milan en 1947 par Paolo Grassi, metteur en scène, animateur culturel dynamique, et Strehler, acteur et metteur en scène, le Piccolo est le premier théâtre stabile d'Italie : il servit d'exemple pour la naissance d'autres organismes semblables dans les principales villes italiennes.
Fondé dans le but de lutter contre la dégénérescence qui caractérisait le théâtre d'avant-garde dans la péninsule, constitué de troupes itinérantes touchant le seul public bourgeois avec un répertoire essentiellement boulevardier, le Piccolo a été conçu comme une opération antifasciste et progressiste par ses animateurs : ils ont voulu en faire un théâtre social, populaire, national et dialectal, capable de réunir un public issu de toutes les couches de la société. Ils écrivent dans le programme manifeste de la première saison : « Sauf erreur, chaque civilisation se forme selon un processus qui rapproche et intègre un groupe à un groupe, dans sa variété et sa multiplicité. Pour cela nous recrutons nos spectateurs dans la mesure du possible parmi les ouvriers et les jeunes, dans les ateliers, les bureaux et les écoles, en offrant des formes simples et avantageuses d'abonnement, afin d'améliorer la relation entre le théâtre et les spectateurs. Ce n'est pas un théâtre expérimental et encore moins un théâtre d'exception, ouvert à un cercle d'initiés. C'est au contraire un théâtre d'art ouvert à tous. »
Lié aux institutions municipales, subventionné en partie par la ville, le Piccolo devient un théâtre service public, en 1959, avec l'ambition d'aider à la réforme du théâtre dans toute l'Italie. Il doit son nom à l'exiguïté de la salle de cinéma désaffectée, de 400 places (via Rovello), dans laquelle il s'installe en 1947 et qui sera pendant près de quarante ans son lieu principal de création. Ce nom est aussi un hommage au Maly Teatr (Petit Théâtre) de Stanislavski. Jusqu'en 1968, le Piccolo est dirigé par Strehler et Grassi qui a renoncé à la mise en scène pour se consacrer exclusivement à la gestion administrative et culturelle. En 1968, à la suite de mouvements de contestation, Strehler démissionne pour créer une coopérative de comédiens, le groupe Teatro e Azione. En 1972, lorsque Grassi est nommé surintendant à la Scala, Strehler revient comme directeur unique et assure cette fonction avec un conseil d'administration qui réunit le maire de Milan, quatre conseillers municipaux, deux représentants de la Confédération du travail et deux membres privés.
Le répertoire proposé par le Piccolo est fidèle aux lignes directrices annoncées dans le programme-manifeste de 1947 : ni particulièrement engagé ni trop révolutionnaire dans la forme, mais surtout en rapport avec les problèmes de société. Ce répertoire veut favoriser également la culture européenne dans sa diversité, sans oublier la production contemporaine. Dans cette optique, les auteurs emblématiques du Piccolo seront Goldoni, Bertolazzi, Shakespeare et Brecht, mais aussi Tchekhov. Les écrivains contemporains comme Buzzati, Moravia, Savinio, Camus et Sartre seront montés au Piccolo. Les spectacles du Piccolo reçurent un accueil enthousiaste en Europe et surtout en France, mais son succès le plus spectaculaire reste sans conteste Arlequin serviteur de deux maîtres d'après Goldoni, dont Strehler proposa au moins sept versions toutes différentes les unes des autres : elles firent la célébrité du Piccolo dans le monde entier et devinrent les symboles du théâtre italien. Si Strehlera réalisé la plupart des spectacles montés au Piccolo, ce théâtre a néanmoins accueilli des metteurs en scène italiens et européens, comme De Bosio, De Filippo, Costa, Grüber, Chéreau, Mnouchkine, Vitez.
À côté des spectacles, le Piccolo organise des manifestations culturelles : débats dans des lycées, séminaires dans des universités, rencontres avec des ouvriers, conférences. À l'instigation de Grassi, les pièces étrangères ont été traduites et publiées avec le concours d'éditeurs milanais pour être vendues à des prix modiques. Le Piccolo a également fondé une école de théâtre. Son rayonnement, son dynamisme et son organisation lui ont valu d'être qualifié par Dort de « théâtre exemplaire ».
Une fois Strehler disparu (fin 1997), alors que la nouvelle salle, tant attendue, a été inaugurée et que Jack Langfut chargé, à titre provisoire, de la direction, l'avenir du Piccolo resta en suspens. Après maints remous et tumultes, Ronconi en a été nommé directeur.
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Italie
- 20ème siècle
- 21ème siècle