De Filippo Eduardo

Naples, 1900 - Rome, 1984

Auteur dramatique, acteur et metteur en scène italien, souvent comparé à Molière.

Le plus important dramaturge contemporain de la péninsule avec Pirandello, De Filippo a traversé tout le théâtre du XXe siècle. Issu de la tradition du théâtre napolitain, son œuvre atteint une dimension universelle. Il se définissait lui-même comme « Napolitain citoyen du monde ».

De Filippo est formé à l'école de l'auteur Eduardo Scarpetta, dont il est le fils naturel. En 1930, il fonde sa propre compagnie avec son frère et sa sœur. Jusqu'en 1945, les De Filippo jouent principalement les pièces d'Eduardo. Après la guerre, la renommée d'Eduardo s'étend au-delà de l'Italie. Il est joué un peu partout dans le monde. En 1956, il vient au festival de Paris avec sa compagnie présenter Sacrés fantômes (Questi fantasmi, 1946) qu'il remonte ensuite en français au Vieux-Colombier. Il continue à jouer, à tourner, à écrire et à mettre en scène jusqu'à la fin de sa vie. Tout au long de sa carrière, il est considéré comme un acteur exceptionnel. La gloire du comédien a occulté pour un temps son génie d'écrivain. On a cru longtemps qu'il serait difficile de « jouer Eduardo sans Eduardo » mais ses œuvres sont montées avec succès comme la Grande Magie (La Grande Magia, 1948), mise en scène par Strehler au Piccolo Teatro de Milan (1985). En France, après avoir triomphé dans les années cinquante avec des interprètes tels que Tessier dans Madame Filoumé (Filumena Marturano, 1946), puis Fabbri et sa compagnie : le Bon Numéro (Non ti pago, 1940), il paraît rarement sur nos scènes.

Les pièces écrites avant la Seconde Guerre mondiale sont regroupées sous le titre de Cantata dei giorni pari (Cantate des jours pairs) et comprend dix-sept comédies. Après le cataclysme de la guerre, De Filippo ne peut plus considérer, dit-il, le monde de la même manière. Il porte alors sur la société un regard plus grave, parfois amer ou pessimiste, qui se reflète dans le titre du second volet, Cantata dei giorni dispari (Cantate des jours impairs). Les vingt-quatre pièces du recueil ont toutes été créées par sa Compagnie et enregistrées à la télévision. L'œuvre de De Filippo s'inscrit dans la grande tradition du théâtre populaire. Ses sources sont profondément ancrées dans sa ville natale. Il puise à Naples les sujets de ses pièces et fait de ses créatures, placées dans une réalité géographique et culturelle, des personnages universels, des types. Il observe avec attention les petites gens, ceux qu'il rencontre dans les rues de sa ville, hauts en couleur ou modestes, et les transpose dans ses comédies. Naples pour De Filippo devient la métaphore du monde, comme la Sicile l'est pour Pirandello.

À la différence de Pirandello, De Filippo s'efforce de dénoncer les maux de la société : « À la base de mon théâtre, déclare-t-il, il y a toujours le conflit entre l'individu et la société. » Ainsi, à travers la petite histoire des personnages passe le souffle de la grande Histoire, comme dans Naples millionnaire (1945) où Gennaro Jovine, évadé d'un camp, et désormais conscient des misères du monde, retrouve sa famille corrompue, aux prises avec le marché noir. Pour s'évader de la sombre réalité, il arrive que l'on se réfugie dans le rêve : Luca dans Natale in casa Cupiello (Noël chez les Cupiello, 1943) s'acharne à construire son œuvre, une crèche, aveugle à tout ce qui l'entoure, à l'écroulement de sa famille.

Les années soixante correspondent à une époque de grande fécondité. Samedi dimanche et lundi (Sabato domenica e lunedi, 1959) reflète, à l'intérieur d'une famille bourgeoise napolitaine, le miracle économique italien. Un an après, en 1960, Antonio Barracano (Il sindaco del Rione Sanità) pose le grave problème de la Camorra renaissante alors à Naples, et de la justice parallèle. Le dramaturge a une vision de la société plus noire encore dans le Contrat (Il Contratto, 1967), où un escroc grandiose et cynique arrive à démasquer l'hypocrisie de ses semblables. La dernière pièce de De Filippo, Gli esami non finiscono mai (Les examens ne finissent jamais, 1974) présente un personnage continuellement en butte aux attaques de ses amis et de ses proches ; alors que la question du divorce divise l'Italie, la pièce dénonce le mariage quand il n'est qu'une association d'intérêts. Le personnage central finit par se réfugier dans le silence. Il mourra et suivra même son propre enterrement. Le thème de la mort est récurrent dans le théâtre de De Filippo. Qu'il s'agisse de morts réels ou faux, leur présence crée une atmosphère étrange et surréelle.

L'œuvre de De Filippo est écrite tantôt en un dialecte napolitain imagé et poétique, tantôt en italien. Les deux langues se mêlent souvent à l'intérieur d'une même pièce, accentuant l'effet cocasse. Cependant, sous sa verve comique se cache un profond pessimisme. Obsédé par l'injustice et la misère, ce portraitiste de Naples, brossée en de petits tableaux ou en larges fresques, passe au crible la société contemporaine. À travers les avatars et vicissitudes de ses nombreux personnages, il arrive à créer une véritable comédie humaine.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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Eduardo De filippo