RONCONI Luca
Metteur en scène italien, particulièrement remarquable pour son utilisation de l'espace.
Ronconi débute comme acteur en 1953 et fait sa première mise en scène en 1963. Dans les années soixante et soixante-dix il participe à l'avant-garde italienne et en 1966 signe avec d'autres jeunes du théâtre et du cinéma le « Manifeste de l'avant-garde » qui réclame « le droit pour le théâtre d'essayer des voies nouvelles dans tous les domaines de l'art théâtral pour chercher un théâtre de notre époque ».
Ronconi cherche un rapport nouveau avec le public par une sorte de vivisection du texte et l'éclatement de l'espace alternant avec l'enfermement. Il manifeste une prédilection pour les thèmes de la folie et de l'aliénation avec un certain goût pour la cruauté. Le lieu et le public jouent un rôle déterminant dans sa conception d'une mise en scène. Ronconi emploie fréquemment une machinerie importante où l'acteur devient élément scénique, objet parmi d'autres. Le texte est à déchiffrer, il n'est qu'un des matériaux du spectacle et parfois la voix et les mots se transforment purement en sons. Ronconi travaille sur la mémoire du public et les mythes qui en sont issus, pour les démystifier, cela particulièrement dans ses mises en scène d'opéra.
L'éclatement de l'espace est particulièrement bien illustré dans sa mise en scène d' Orlando furioso (1969), présentée sur des places publiques et dans un pavillon désaffecté des Halles de Paris, sur des scènes multiples et mobiles où Ronconi utilise également l'espace vertical. Dans sa mise en scène d' Utopia (1975), l'essentiel de l'action se passe sur des praticables mobiles : un avion ou des voitures sur une route, par exemple. L'enfermement est l'aspect prédominant des mises en scène comme celles de XX (1971) et de l'Orestie (1972). Les deux formes, apparemment contradictoires, peuvent aussi se trouver conjuguées dans le même spectacle.
La recherche de Ronconi atteint son apogée avec son Laboratoire du projet théâtral à Prato (1976-1979), fondé sur une collaboration interdisciplinaire : théâtre, écriture, architecture, musique. Le but est de faire l'analyse des procédés théâtraux par l'utilisation de lieux différents à travers une ville, le démontage du texte, l'analyse de la fonction même du spectacle, l'élaboration des conditions d'une réalisation scénique avec le public, et la création d'un rapport complètement nouveau entre une expérience théâtrale et le territoire où elle a lieu. Cette expérience reste inachevée, mais Ronconi continue de faire des mises en scène techniquement très élaborées avec parfois des actions simultanées comme dans Gli Ultimi giorni dell'umanità de Karl Kraus(1990). En 1989 il est nommé directeur du Teatro Stabile de Turin où il exerce en parallèle une activité pédagogique. En 1994 il devient directeur du Théâtre de Rome où il monte Aminta du Tasse (1994), le Roi Lear (1995), et Peer Gynt d'Ibsen* (1996). En 1999, nommé à la tête du Piccolo* Teatro de Milan (en hommage à Strehler*, il montera l'Éventail de Goldoni en 2007 à l'Odéon*-théâtre de l'Europe), il y prépare et monte une trilogie constituée de Prométhée enchaîné d'Escyle*, des Bacchantes d'Euridipe* et des Grenouilles d'Aristophane* (elle sera donnée au Festival de Fourvières à Lyon en 2003, 2004 et 2005). Ronconi cherche à retrouver « l'énergie des origines » et non « la réalité actuelle » : « Je propose, dit-il, un exercice de mémoire qui met en évidence le chemin parcouru, l'éloignement, la distance, la rupture du fil », les trois œuvres constituant, dit-il encore, « un voyage de désacralisation progressive du monde ».
Le répertoire de Ronconi est composite : des classiques au théâtre naturaliste ( Quer pasticciaccio brutto de Via Merulana , 1996, adaptation du roman de Gadda) en passant par les Élisabéthains et le théâtre baroque avec quelques improvisations, ainsi que tout le répertoire lyrique.
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine