Catharsis

Le mot est orthographié aussi katharsis. Il est la transcription d'un terme grec signifiant purification, mais qui se charge également de valeurs médicales.

Pour purifier, il faut purger. L'équilibre et la guérison ne seront atteints qu'après une crise provoquée, mettant en jeu un remède dangereux, de même nature que le mal, un pharmakos (mot qui signifie à la fois poison et remède), une purge qui évacuera le mal en l'exagérant. C'est le principe du vaccin ou, dans un autre domaine, celui du bouc émissaire. Comment ces notions peuvent-elles aider à saisir la nature de l'émotion tragique ? On ne dispose pour le comprendre que de trois courtes phrases d'Aristote. Encore la première est-elle peu instructive et ne dépasse-t-elle pas l'emploi courant du mot pour un contemporain. Elle se trouve au chapitre XVII de la Poétique. Aristote y fait allusion dans l'épisode d'Iphigénie en Tauride d'Euripide où l'héroïne imagine, pour s'évader avec son frère Oreste, de dire qu'une statue souillée par ce meurtrier doit être purifiée en mer. Une fois au large les Grecs échappent aux Barbares. La purification n'a ici qu'une valeur religieuse.

Il en va tout autrement lorsque, au chapitre VI de la même Poétique, la tragédie est définie comme provoquant la pitié et la crainte et effectuant la purgation de ces sortes de sentiments. La pitié et la crainte sont des émotions fortes éprouvées par le spectateur d'une tragédie. Il a l'habitude des pleurs et des lamentations qu'excitent les orateurs en produisant leurs témoins devant les tribunaux. Devenue insuffisamment émouvante, la crainte a été remplacée par la « terreur ». Ces sentiments bouleversants seraient un danger pour la cité s'ils n'étaient pas traduits par un traitement esthétique. Aristote ne l'analyse pas, mais suggère que la purgation rend inoffensive, et même agréable, la violence inhérente à la tragédie.

Le troisième texte, au livre VIII de la Politique, applique la notion et le mot de catharsis à l'audition de la musique. À musique douce, auditeur calme ; à ce niveau, la catharsis est inutile. Mais si le même auditeur entend ensuite des chants de violence, l'effet cathartique doit jouer. Le bon usage de la musique est que, au lieu de la pitié, de la crainte, ou d'autres affections vives, l'auditeur doit éprouver un sentiment d'euphorie, qu'Aristote suggère par les mots d'allègement, de plaisir, de joie innocente et pure. Comme la mimésis, la catharsis est plaisir. On peut soit traiter l'émotion du public par le même (la douceur), soit par l'autre (la catharsis).

Dans ces conditions, les auteurs manifestent souvent sur la question de la catharsis une grande incertitude. Jusqu'au XIXe siècle on a cru que la purgation était de nature morale, comme si la tragédie, par les crimes, enseignait la vertu. L'interprétation médicale n'est plus guère contestée aujourd'hui, mais elle est loin de rendre compte de tous les aspects du paradoxe cathartique. Un critique dit que les théoriciens diffèrent d'avis sur la façon dont s'effectue cette purification ; un autre avoue qu'on ne sait si elle est élimination des passions ou purification par les passions. En tout cas, le type de théâtre, avec son fondement religieux, qui ait pu faire la fortune du concept de catharsis est assez aisé à situer historiquement. Le seul culte qui puisse inclure ces valeurs de purgation par la violence est celui de Dionysos, qui n'est pas pour rien, aussi, le dieu du Vin, de l'Ivresse, du Crime sacré – et du Théâtre. L'interprétation de la tragédie donnée par Nietzsche, telle qu'elle s'applique électivement aux Bacchantes d'Euripide, s'impose dans ce contexte. Pourtant, la popularité de la notion de catharsis dépasse ce secteur, paroxystique mais limité. Aristote, qui a été dans ce domaine d'une remarquable prudence, n'en est pas responsable. En fait, la notion est moins employée par Aristote lui-même que par ses lecteurs, qui s'en servent pour l'interroger.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Zone(s) géographique(s) :
  • Grèce
Période(s) :
  • Antiquité grecque
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026