Nations
(Le Théâtre des)

L'idée de permettre la confrontation des théâtres du monde revient, sans doute, à Gémier qui, dès 1924, créait une Société universelle du théâtre, puis une saison internationale à Paris suivie de quelques manifestations à l'étranger. Avec la guerre vint l'oubli, et il fallut attendre 1954 pour que soit créé à Paris un festival international d'Art dramatique qui, trois années plus tard, devait se transformer, sur la suggestion de l'Institut international du théâtre, en une institution permanente : le Théâtre des Nations.

Au printemps 1954, A.-M. Julien, directeur du théâtre Sarah Bernhardt, et Claude Planson créent le premier festival international d'Art dramatique qui, au cours des années suivantes, s'adjoindra les arts lyrique et chorégraphique, puis les cérémonies traditionnelles du tiers monde. Le succès est si vif que l'État décide de s'associer à la Ville de Paris et au département de la Seine pour répondre au vœu de l'Institut international du théâtre visant à la création, à Paris, d'une institution permanente : le Théâtre des Nations. Celui-ci devra assurer une saison de quatre à six mois par an et conserver un caractère strictement non commercial, les dépenses étant entièrement couvertes par les diverses subventions atteignant un total de 800 000 francs. Toutefois, les nations étrangères contribueront à la bonne marche de l'institution en prenant à leur charge les frais de voyage et de séjour des troupes invitées tout en encaissant la totalité des recettes réalisées par elles. Le Théâtre des Nations devra procéder à un inventaire aussi complet que possible de la culture universelle, son action s'exerçant dans trois directions : la consécration des troupes les plus prestigieuses, la découverte des théâtres traditionnels et la recherche de nouvelles formes de l'art dramatique. L'équipe qui assurera le fonctionnement de l'institution au cours des dix années suivantes est ainsi composée : directeur général, A.-M. Julien ; directeur artistique, puis directeur, Claude Planson ; attaché à la direction, Jean Mauroy. Les représentations auront lieu non seulement au théâtre Sarah-Bernhardt, siège du nouvel organisme, mais encore, lorsqu'il s'agira de grands spectacles lyriques, au théâtre des Champs-Élysées, et, pour les spectacles de recherche, dans des salles plus intimes comme le théâtre du Vieux-Colombier. Quelques chiffres permettront de prendre conscience de l'extraordinaire succès remporté par ce « Rendez-vous des théâtres du monde ». Entre 1954 et 1964, cinquante et une nations participèrent aux saisons du Théâtre des Nations avec cent soixante troupes qui donnèrent quatre cents spectacles pour plus d'un millier de représentations. Citons, parmi les troupes les plus prestigieuses ayant répondu à l'invitation du Théâtre des Nations, le Berliner Ensemble, le Théâtre national du nô, l'Opéra de Stuttgart, l'Opéra de Pékin, le Theatre Workshop, le Stratford Memorial Theatre, le Komische Oper, le Théâtre d'art de Moscou (MHAT), les ensembles nationaux du Mali et du Dahomey, sans oublier les mises en scène de Visconti et d'Ingmar Bergman.

À côté des représentations proprement dites toute une série d'organisations vinrent appuyer l'action entreprise. Citons, entre autres :

– l'Association internationale des critiques de théâtre, fondée en 1956 par Robert Kemp, dont le but était de réunir sur un plan international les critiques dramatiques, lyriques et chorégraphiques ;

– l'Association internationale des techniciens de théâtre, fondée en 1957 par Jean Mourier, qui réunissait des architectes, des scénographes, des décorateurs, des ingénieurs du son, des éclairagistes et, dans l'ensemble, tous les métiers techniques du théâtre ;

– le Club du Théâtre des Nations, fondé en 1957 par Lerminier, auquel succéda Paul-Louis Mignon, réunissant les spectateurs qui désiraient s'associer à l'œuvre entreprise de manière étroite ;

– le Cercle international de la jeune critique fondé en 1958 par la jeune critique polonaise Alicia Ursyn Szantir à qui succéda très tôt Lucien Attoun, réunissant trente et un critiques représentant trente-deux pays (ce cercle décernait, chaque année, le « Challenge » et les diplômes du Théâtre des Nations) ;

– le journal Théâtre, fondé en 1958, qui, avec une parution mensuelle, tenait ses lecteurs informés de la vie du théâtre dans le monde ;

– l'Université du Théâtre des Nations, fondée en 1961, qui réunissait, chaque année, un grand nombre de stagiaires de tous les pays et de toutes les disciplines pendant la saison du Théâtre des Nations, bénéficiant à la fois de cours de culture générale et de la possibilité de participer à un concours de réalisations théâtrales (son premier directeur fut Albert Botbol sous le patronage du professeur Maurice Gravier).

Véritable pyramide théâtrale, le Théâtre des Nations semblait indestructible. Il allait cependant être, en quelque sorte, victime de son succès. Une campagne visant à sa réforme fut entamée et poursuivie avec un rare acharnement. Elle aboutit, dans un premier temps, à la dislocation de l'équipe dirigeante avec le départ de Claude Planson en automne 1964, puis à la démission, un an plus tard, d'A.-M. Julien. La direction fut alors confiée à Barrault qui, de manière plus modeste, organisa quelques saisons internationales au Théâtre de France. Elles se terminèrent en mai 1968 avec la « prise de l'Odéon » par les étudiants révoltés.

Après beaucoup de tergiversations, et contre l'avis du Conseil supérieur qui réclamait la continuité de l'œuvre entreprise, le gouvernement français se décidait à abandonner le Théâtre des Nations qui, doté d'un statut international, allait se transformer en un festival itinérant se déroulant tous les deux ans dans les pays disposés à le recevoir.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Institutions et lieux

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026