Ethnoscénologie

Historique

Créée en 1995 par des universitaires (André-Marcel d'Ans, Duvignaud, Jean-Marie Pradier), et des praticiens (Françoise Gründ, Khaznadar), l'ethnoscénologie est une discipline nouvelle : comprendre, déchiffrer la manière dont les sociétés (lointaines ou proches) dramatisent les idées qu'elles se font du travail, du sexe, de l'au-delà, de la mort ou du futur. Scénarios chaque fois différents, mobilisant le corps, les sons, les paroles et que l'on propose au regard des autres. Une cérémonie, un rituel, une fiction qui donne forme à son existence dans le monde : comment dévoile-t-on sa propre vie en la spectacularisant ?

Les congrès de Paris (Unesco, Maison des cultures du monde, 1995) de Cuernavaca (Mexique, 1996) et de Salvador de Bahia (Brésil, 1997) ainsi que les travaux de l'université Paris-VIII ont progressivement défini les champs d'étude de l'ethnoscénologie qui recouvrent les pratiques spectaculaires du monde, indépendamment d'une vision eurocentrique et de la conception occidentale du théâtre.

Problématique

L'usage commun du mot théâtre a éradiqué du terme son contenu historique et contextuel en le banalisant, et lui a accordé une extension sémantique universelle analogue à ce qui est survenu pour les termes « musique » et « danse ». De ce fait, l'adoption du substantif théâtre et de son adjectivation pour désigner et qualifier des formes et des pratiques les plus diverses relevant de cosmographies particulières, a arasé leurs qualités propres comme le montre l'analyse sémasiologique des appellations vernaculaires. Effet pervers de la colonisation conceptuelle souvent involontaire, la référence au théâtre, invention de l'Occident au même titre que la « religion » (D. Dubuisson), a engendré une catégorisation normative confortée par une conception linéaire du processus de « civilisation ». C'est ainsi que les termes de proto-théâtre, pré-théâtre, paléo-théâtre ont, du XVIIIe siècle à nos jours, distribué les formes et les pratiques spectaculaires sur une échelle d'excellence.

L'ethnoscénologie s'inscrit dans le courant général des sciences de l'homme et du vivant qui tendent à reconsidérer dans une perspective interdisciplinaire l'articulation des invariants et des particularismes biologiques et culturels. Le formant « ethno », fort éloigné du sens que lui réservait l'ancienne ethnographie, met en évidence l'importance accordée à l'analyse des contextes et de son appariement à l'anthropologie, en particulier à l'anthropologie modale (François Laplantine) et à l'anthropologie cognitive (Maurice Bloch). Étroitement associée aux ethnosciences qui ont pour objet de recherche la musique, la danse et les formes plastiques, l'ethnoscénologie a développé une épistémologie spécifique, en distinguant notamment la spectacularité, la performativité ou processus d'incarnation de l'imaginaire par les performeurs, et la dimension symbiotique de l'événement. La méthodologie combine l'approche « scientifique » et le savoir implicite – tacit knowledge (Michael Polanyi) – des praticiens. Aussi est-elle redevable de son développement aux « réformateurs du théâtre » qui ont tenté et tentent de conceptualiser leur expérience (Grotowski ; anthropologie théâtrale de Barba).

L'exigence épistémologique n'est pas à confondre avec le dogmatisme doctrinal. La complexité des objets de recherche incite à multiplier les points de vue scientifiques afin de les croiser sans attendre d'un seul une conclusion décisive et ultime. Les centres d'enseignement et de recherche en ethnoscénologie sont nombreux et particulièrement actifs en France (Universités de Paris-VIII et de Nice), au Brésil (Université fédérale de Bahia), à Taiwan. Ils sont associés aux États-Unis comme au Japon aux courants de l'anthropologie de la performance (Brown University) et aux Performance Studies.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026