Entremetteuse
L'entremetteuse, volontiers traitée de maquerelle ou de putain, est un produit de la civilisation chrétienne. Dans l'antiquité gréco-latine, le jeune homme qui désire une jeune fille n'a pas d'autre moyen – s'il veut se passer de l'aval des parents – que d'enlever ou violer (ou les deux à la fois) l'objet de son amour. Ensuite il « répare » en épousant, souvent à la suite d'une « reconnaissance » [Voir Aristote] qui vient tout remettre en ordre. À partir du moment où les mœurs deviennent un peu moins brutales et où les femmes et les filles bénéficient d'un semblant de liberté tout en restant soigneusement claquemurées, mais en passe néanmoins de recevoir la visite d'autres femmes, l'entremetteuse devient un maillon essentiel pour transmettre les billets doux, rapprocher les cœurs et nouer des intrigues. Elle peut être une professionnelle (comme la Célestine dans la pièce du même nom de Rojas, comme la « marchande à la toilette » de l'École des femmes ou Frosine de l'Avare de Molière) ; ce peut être quelqu'un de la maisonnée qui, par attachement à sa maîtresse ou faiblesse, va servir des amours illicites : Putana (son nom dit tout) est une entremetteuse passive puisque, gouvernante d'Annabella, elle a laissé Giovanni faire l'amour à sa sœur sans le dénoncer (dans Dommage qu'elle soit une putain de Ford). Les servantes, dans les comédies françaises des années 1640 (Béatrix, servante d'Isabelle dans Jodelet ou le Maître valet de Scarron, Stéphanille, servante de Flavie dans Les Galanteries du Duc d'Ossonne de Mairet) sont souvent à mi-chemin de la complicité avec leurs maîtresses et de la vénalité à l'égard des amoureux en demande. L'entremetteuse peut être une dame bien née qui, par esprit de lucre, aide le duc de Florence à rencontrer seul à seul (rencontre qui vaut adultère) la belle Bianca dans Femmes, méfiez-vous des femmes de Middleton. Il y a des variantes intéressantes dans le statut de l'entremetteuse : dans la même pièce de Middleton, une mère, poussée par l'appât du gain, travaille à corrompre sa propre fille Castiza (la pure, par son nom) en lui faisant miroiter tous les avantages qu'elle obtiendrait à devenir la maîtresse du Duc. On remarquera que, dans le théâtre élisabéthain, toutes les pièces à entremetteuse se situent en Italie : pays de débordement sexuel et de transgression des interdits, bien évidemment ! Souvent les entremetteuses connaissent une mauvaise fin à la mesure de leur vilenie, telle la Célestine qui se fait assassiner.
L'entremetteuse aura, en tant qu'emploi, une vie relativement brève : quand les femmes auront conquis leur liberté de manœuvre, au XVIIIe siècle, elles n'auront plus besoin de personne pour ménager leurs rendez-vous galants. Encore que dans Le Barbier de Séville, il soit nécessaire de recourir à un médiateur, mais c'est un homme, Figaro, qui s'ingénie à rapprocher Almaviva (alias le cavalier Lindor) de Rosine. L'entremetteur, alors, s'appelle valet : rôle beaucoup plus noble !
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
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- 17ème siècle
- 18ème siècle