Carnaval

Le temps de carnaval, par l'inversion des valeurs qu'il autorise, est la matrice où s'élabore le théâtre comique et profane de toute la fin du Moyen Âge.

Au sens strict, carnaval désigne la période festive qui précède le carême, notamment le mardi gras, dernier jour avant qu'on « enlève la viande » (carnaval = carnem levare ). Mais on peut parler d'un cycle de carnaval, dont les temps forts s'échelonnent du solstice d'hiver au moins jusqu'à Pâques, sur un substrat de rites millénaires : lutte symbolique de l'Hiver et de l'Été, élection d'un roi de fantaisie, cortèges burlesques où se rejoue le « monde à l'envers » du chaos primordial, combats du vieux et du nouveau… La bourgeoisie urbaine du XIIIe siècle favorise l'essor des fêtes carnavalesques, véritables racines culturelles de ces villes sans passé historique. Et le combat de Carnaval et de Carême devient alors souvent celui des forces urbaines contre la culture de l'Église. Mais, bien vite, cette libération des tabous, revanche du « bas matériel et corporel » (Bakhtine), embarrasse les autorités qui s'efforcent de canaliser et d'organiser carnaval. La création de compagnies joyeuses, riches et hiérarchisées, ira souvent dans ce sens. On passe donc progressivement, entre le XIIIe et le XVIe siècle, d'une fête populaire débridée à un spectacle pour le peuple, récréé, mais renvoyé à une passivité de spectateur. En même temps, cette « désactivation » du plus grand nombre libère dans carnaval un espace pour le théâtre : monologues parodiques, centrés sur le ventre et le sexe, pivots de l'univers carnavalesque ; « fatrasies » décrivant un monde à l'envers imaginaire ; saynètes dénonçant les scandales, souvent sexuels, qui ont agité la communauté pendant l'année. Des formes théâtrales plus élaborées apparaissent à partir surtout des XVe et XVIe siècles : combats dialogués de Carnaval et de Carême, mais aussi farces et sotties en France, Fastnachtspiel à Nuremberg (Sachs), zanni et commedia dell'arte en Italie. Même quand ces formes s'échappent du strict cadre carnavalesque, elles en conservent profondément l'empreinte : obscénités sexuelles ou scatologiques, attaques personnalisées, décousu volontaire de la composition, faible degré d'élaboration de l'œuvre, autant de « défauts » qui n'en sont pas, puisqu'ils marquent l'allégeance de ces spectacles à Sa Majesté Carnaval.

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Période(s) :
  • Moyen âge
  • Renaissance
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026