Arménie
(Le théâtre en)

Anciennement, le royaume d'Arménie comprenait des territoires qui se trouvent de nos jours en Russie, en Iran et en Turquie.

On y vénère alors la déesse mère et des cérémonies sont célébrées en l'honneur de son mari et fils, mort et ressuscité. Les mythes portent le nom de Sémiramis et Ara, Touran et Gisane. La mort du dieu, fêtée annuellement, donne lieu à des lamentations dites voghber-goutioun et sa résurrection à des festivités joyeuses dites kataker-goutioun. Lorsque les rois arméniens se déifièrent, les prêtres antiques devinrent des acteurs, gousans, et les prêtresses de la déesse Anahit des actrices dites vartzaks.

Le théâtre arménien hellénistique a existé pendant cinq siècles. À la fin du IIIe et au début du IVe siècle, l'Arménie devient chrétienne, ce qui entraîne des changements dans sa culture. Le théâtre arménien des débuts du Moyen Âge se divise en trois catégories : le théâtre avec auteurs et acteurs professionnels, joué dans des amphithéâtres et comprenant des tragédies, des comédies et des pantomimes ; le théâtre populaire de la place publique de nature comique parodiant l'aristocratie et l'Église ; le théâtre liturgique, durant la semaine sainte. Après le XIVe siècle, le théâtre arménien décline. Les Arméniens d'Anatolie centrale ont gardé des spectacles relatifs aux célébrations rurales et saisonnières et ceux qu'on appelle les Khan-Pacha-Chah, qui sont devenus des spectacles politiques. Ces derniers ridiculisaient à l'origine les fonctionnaires et certains personnages de la cour. Noël et Pâques ont remplacé les festivités païennes du retour annuel du dieu-Soleil et de celui de la Végétation.

Au XVIIe siècle, des troupes itinérantes donnent des représentations dans les rues et sur les places. Les acteurs chantaient les vers et étaient accompagnés de musique. En 1668, à Lvov, en Ukraine, une tragédie a été jouée en arménien. Ce théâtre de Lvov est actif durant de longues années. Au XVIIIe siècle, le catholique Petro Mekhitar fonde une fraternité à Constantinople (Istanbul) qui s'installe ensuite dans l'île Saint-Lazare de Venise. Cet endroit est encore de nos jours un centre florissant de culture arménienne. On y publia des traductions de pièces en turc imprimées en caractères arméniens. De plus, les pères mékhitharistes créèrent un théâtre dans leur établissement scolaire. On y donnait des pièces à caractère historique et national, mais aussi des œuvres européennes, en particulier Molière.

L'Arménie moderne

Pour ce qui est du théâtre arménien moderne, à savoir celui qui reflète l'influence de la tradition européenne, on peut dire qu'il date du XIXe siècle, aussi bien chez les Arméniens de l'Ouest que chez ceux de l'Est. En effet, en 1828, l'Arménie orientale tombe culturellement sous l'influence de la Russie et l'Arménie occidentale sous celle de la France. C'est ainsi que Tiflis (Tbilissi), en Transcaucasie, et Constantinople deviennent des centres où le théâtre se développe, quoique différemment. En 1834, Haroutiun Alemdarian fonde une troupe amateur à Tiflis où sont représentées différentes pièces européennes. Quinze ans plus tard, Hovhannes Kasparian crée la compagnie nommée Haikakan Theatron (le Théâtre arménien), alors qu'il avait déjà fondé à Constantinople un théâtre, un cirque et une troupe. Dans les années 1849-1867, il fait ériger trois théâtres à Tiflis, dont l'un pouvait contenir jusqu'à mille spectateurs. À Constantinople, le théâtre se développe très vite. La compagnie Aravelian, la compagnie Vaspuraghan et la Compagnie théâtrale ottomane sont professionnelles et bilingues. Des auteurs comme Mgrditch Bechiktachlian et Bedros Minasian écrivent en arménien littéraire, appelé grabar. C'est vers 1861 que les premières femmes apparaissent sur la scène arménienne : Aruziak Papazian et Aghavnie Keorgkian. Quant à Agob Baronian, il n'est pas seulement auteur dramatique mais aussi l'éditeur de Megho, de la revue Tiyatro et Tadron (mots signifiant « théâtre ») paraissant en turc et en arménien. Ses œuvres dénoncent surtout les inégalités sociales.

Karakin Richdouni, acteur et auteur, était très apprécié à Constantinople. Quant à Sebun Las Minassian, il s'est inspiré des sujets historiques turcs. La compagnie ottomane de Güllü Agop a surtout joué les pièces de Bedros Tourian. À la même époque sont créés les théâtres d'Erivan, de Shousha, de Bakou et de Tiflis. Les auteurs de renom dans l'Arménie orientale furent Gabriel Sandoukian, Alexandre Chirvanzade, Nardos, Leon Manouelian et Alexandre Abeghiants. Après la révolution d'Octobre, des théâtres arméniens sont fondés dans les villes de la Russie soviétique, en Ukraine et en Asie, à savoir en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie. En 1921, le théâtre Sandoukian s'installe à Erivan et devient l'un des meilleurs d'Arménie. Le théâtre d'État arménien de Bakou est fondé en 1920 et celui de Tiflis en 1921. Les auteurs les plus représentés dans les théâtres arméniens en Union soviétique sont Sandoukian, Baronian, Chirvanzade, Ostrovski, Gogol, Lermontov, Tolstoï, Gorki, Tchekhov, Sophocle, Shakespeare, Schiller, Beaumarchais, Lope de Vega, Goldoni et Ibsen. D'autres théâtres destinés à des représentations en arménien sont créés en Union soviétique. Erivan dispose depuis 1935 d'un théâtre de marionnettes, d'un théâtre russe depuis 1937 et du théâtre arménien d'Erivan, fondé en 1969.

[Voir Caucase(le théâtre au)]

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe centrale et Russie

Zone(s) géographique(s) :
  • Arménie
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026