ZADEK Peter
Metteur en scène allemand.
Il vit en Angleterre de 1933 à 1958 et suit les cours de l'Old Vic Theatre dirigé par Saint-Denis. Sa première mise en scène a lieu à Londres (Les Bonnes, puis Le Balcon en 1956, occasion d'une brouille définitive avec Genet). Depuis qu'il est revenu en Allemagne, où il a occupé diverses fonctions institutionnelles : intendant du théâtre de Bochum (1972-1978), directeur du Schauspielhaus de Hambourg (1985-1988), co-directeur pendant deux ans du Berliner Ensemble avec Müller, il monte aussi bien du Boulevard anglais (Griffiths, Ayckbourne, Wilde) que des grands classiques, avec une prédilection pour Shakespeare et les élisabéthains. Toutes ses mises en scène visent à détruire l'image « culturelle » et stéréotypée qu'on a construite autour des œuvres (Othello, 1977 ; Le Misanthrope, 1979 ; Antoine et Cléopâtre, 1994) ; il passe pour un provocateur qui actualise brutalement les pièces et joue sur des glissements permanents du comique au tragique et vice versa : Ghetto de Sobol (Hambourg, 1985), Le Marchand de Venise (1988) joué dans un décor de banque, Mesure pour mesure (1991) où la suspicion est jetée sur l'innocence d'Isabelle. Si l'on en croit Zadek, la provocation n'est que de surface car sa démarche est de proposer un théâtre de la suggestion, hostile à tout didactisme de quelque obédience que ce soit ; ce qui s'accorde particulièrement bien avec l'écriture des élisabéthains (La Duchesse d'Amalfi de Webster, 1987). En vieillissant Zadek efface les signes extérieurs de provocation et vise au dépouillement (Hamlet à Bobigny en 2000 avec Angela Winckler dans le rôle–titre, Rosmersholm à Vienne en 2002). Son théâtre ne s'est pas assagi mais « peut-être, simplement, concentré » (I. Bonnaud).
Son principal souci de metteur en scène (aidé par son scénographe habituel, J. Grützke) est de laisser les comédiens aller jusqu'au bout d'eux-mêmes : « Le théâtre est affaire d'images et de comédiens, dit-il. Ce sont eux qui sont sur les traces de la vérité et qui créent l'émotion. » Ce fut nettement sensible dans la Lulu de Wedekind (1988) où l'héroïne, incarnée par S. Lothar, n'est plus la femme fatale de la tradition, dévoreuse d'hommes, mais une adolescente livrée à ses instincts, « mère Courage du sexe qui sera broyée par les mécanismes qu'elle a déclenchés » (Zadek). En travaillant sur le décalage entre ce que l'on voit et ce que l'on entend, Zadek ouvre le champ des interprétations possibles. Il n'a pas son pareil pour déplacer les accents : sa Cerisaie (Vienne, 1996) raconte la vaine chasse au bonheur de quatre femmes frustrées. Les jeunes spectateurs sont particulièrement sensibles à cette constante prise de risque qui secoue l'institution théâtrale.
Bibliographie sélective
- Mise en scène, mise à feu, mise à nu , Peter Zadek ; texte français, Hélène Harder, Paris : l'Arche, 2005
- Peter Zadek , Mechthild Lange, Frankfurt am Main : Fischer Taschenbuch Verl., 1989
Classement
Spécialité : Espace germanique
- Allemagne
- 20ème siècle
- 21ème siècle