VERHAEREN Émile
Poète et dramaturge belge d'expression française.
Il est l'auteur de quatre pièces de théâtre dont le style et les thèmes émanent sans détour de son importante et célèbre œuvre poétique. Débordantes de lyrisme et d'éloquence, ces pièces reflètent les préoccupations de l'époque : la montée du socialisme et l'espérance en une société nouvelle. Verhaeren prend donc nettement position face au symbolisme (dont le chef de file est Maeterlinck) et Lugné-Poe dans son aventure théâtrale.
Les Aubes (1898), drame « lyrique » en quatre actes, est de la même veine thématique que le recueil de poèmes Les Villes tentaculaires (1893-1895). Ce drame chante une ère utopique où les conflits universels entre oppresseurs et opprimés seraient abolis par un héros « à la fois surhomme nietzschéen et figure christique ». C'est surtout le contexte idéologique, aux accents expressionnistes, qui décida du succès lors de la création en 1898, à la Maison du peuple (Bruxelles). Meyerhold montera la pièce en 1920, dans une version remaniée par lui, à l'occasion du troisième anniversaire de la révolution d'Octobre : on pourra même y entendre des communiqués émanant directement du front.
Le Cloître (1899), drame où les personnages rappellent ceux décrits dans Les Moines (Recueil, 1886), est une satire de la morale monastique mêlée à la problématique du pouvoir. La pièce est montée en 1900 au théâtre du Parc (Bruxelles) et au théâtre de l'Œuvre (Paris). Elle connaît sur les deux scènes un véritable triomphe. Elle sera reprise au théâtre du Parc en 1955. En 1901, Philippe II, drame historique, est créé au théâtre du Parc, puis, trois ans plus tard, au théâtre de l'Œuvre. Verhaeren y reprend la légende de l'Escurial en exploitant deux axes dramatiques : la lutte atroce entre le père et le fils et les tensions d'une civilisation livrée au pouvoir despotique de l'Inquisition.
La quatrième pièce, Hélène de Sparte, connaîtra une édition allemande et russe avant l'édition française de 1912 et Paris la verra au théâtre du Châtelet (1912) huit ans avant Bruxelles (théâtre du Parc, 1920). « Des œuvres de Verhaeren […], elle est certainement la moins scénique. » Elle n'en demeure pas moins originale et rappelle par maints égards des poèmes comme Les Heures (1896, 1905, 1911) ou Les Rythmes souverains (1910).
Bibliographie sélective
- Edmond Estève, professeur à la Sorbonne. Un grand poète de la vie moderne : Emile Verhaeren (1855-1916) , Poitiers, Société française d'imprimerieParis, Boivin et Cie, éditeurs, 1929. (12 janvier.) In-8, [...]X-227 p. 12 fr. [3222]
- Lettres françaises de Belgique , IV, 1981-1990, Robert Frickx, Raymond Trousson, Paris : Duculot, 1994
- Lettres belges entre absence et magie , Marc Quaghebeur, Bruxelles : Éd. Labor, 1990
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- Belgique
- 19ème siècle
- 20ème siècle