TRÉHARD Jo

Sées, 1922 - Caen, 1972

Comédien, metteur en scène et directeur de théâtre français.

Figure atypique mais exemplaire de la décentralisation, cet animateur a orienté et alimenté la vie culturelle de Caen pendant vingt-cinq ans. Directeur d'une salle municipale (1949-1962), puis d'une maison de la culture (1963-1968), d'une troupe permanente (1963), puis d'un centre dramatique national (1969). Bref mais riche parcours, marqué par l'invention de trois lieux et d'un public.

Venu au théâtre dans la mouvance de Chancerel, il arrive à Caen en 1945. Dans cette ville détruite, il transforme un hangar en une sorte de Vieux-Colombier. C'est dans cette salle que Dullin joue l'Avare (1949) et le TNP le Cid (1951). D'emblée se révèlent un bâtisseur et un imprésario hors pair. En rupture avec la routine des tournées du Boulevard et de l'opérette dominicale, il forme un public neuf et exigeant grâce à des saisons où la prospection alterne avec le prestige. Mais ce qui, de 1954 à 1963, mobilise surtout son énergie, c'est la reconstruction du théâtre : travaillant au corps édiles et architectes, élites et relais, il métamorphose le théâtre municipal attendu en une Maison des arts et de la culture (projet de gestion, 1958), alors qu'on passe de la IVe à la Ve République, avant que la Culture n'ait un ministre, et des Maisons.

À vocation polyvalente, mais animé par sa compagnie dramatique, le TMC (Théâtre-Maison de la culture) va être pendant cinq ans un foyer intense de création (Vitez y fait ses débuts) et d'accueil (de Serreau et Planchon au jeune Chéreau, du Piccolo Teatro au Living Theatre), au rayonnement national. Ce qui n'empêche une crise institutionnelle quasi permanente. Le nouveau maire est si hostile à l'action menée par l'animateur, que la ville décide de récupérer son théâtre le 1er janvier 1969. On parla de « mise à mort ».

Pugnace de tempérament, Tréhard récidive : il aménage son troisième théâtre dans une salle paroissiale ; là il privilégie son activité de metteur en scène (en tout, il aura signé une vingtaine de spectacles, dont plus du tiers de 1962 à 1972) sans cesser d'être un imprésario impénitent (le Bread and Puppet, 1789 ). Dans ses cartons, quand il meurt, attend un « Projet de théâtre expérimental » (1968) dont il envisageait l'implantation à Hérouville, ville nouvelle jouxtant Caen, où la Comédie de Caen (Centre Dramatique national de Normandie) devait s'installer dans un théâtre inauguré en 1997. Éric Lacascade la dirigera jusqu'à fin 2007.

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Institutions et lieux

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026