SELLARS Peter

Pittsburgh, 1957

Metteur en scène américain.

Il s'initie très tôt au théâtre, par le maniement des marionnettes. Diplômé de Harvard, il complète son apprentissage au Japon, en Chine, en Inde. À vingt-six ans, il est nommé directeur de l'American National Theatre à Washington. Enfant prodige de l'avant-garde (plus de cent mises en scène à son actif) il y puise la liberté et l'insolence sans en être esclave, et son talent exubérant, d'une constante maîtrise, lui vaut une large audience. Parmi ses spectacles les plus iconoclastes, mais où la musique est totalement respectée, trois opéras de Mozart (Cosi fan tutte, Don Giovanni ainsi que Les Noces de Figaro, 1987) situées dans un cadre contemporain de bas quartier interlope de New York. Sellars monte à la Brooklyn Academy of Music deux opéras sur une musique de John Adams, son compositeur quasi attitré et un livret d'Alice Goodman: Nixon in China (1987, présenté à la Maison de la culture de Bobigny en 1991) et The Death of Klinghoffer (1991) dont le livret repose sur un fait divers. La critique fut mitigée, arguant que le contemporain se prête mal, comme l'avait vu Brecht, à un traitement « direct ».

Le contemporain, chez Sellars, est saisi sous son jour le plus inconfortable d'affrontement sans merci de forces brutes et brutales : tragique moderne qui permet de restituer – de transposer plutôt – au plus juste le climat de pièces comme Ajax de Sophocle (1986) ou Les Perses d'Eschyle (1993). La déploration tragique devient cri et violence, ce qui n'est pas toujours la plus mauvaise façon de dire conjointement le passé et le présent. En 1994, selon les mêmes principes, Sellars situe Le Marchand de Venise à Venice Beach, Californie ; il déplace les accents en faisant de Shylock un noir américain sûr de son droit et de Portia une Asiatique redresseuse de torts. L'œuvre de Shakespeare devient une pièce sur « l'exploitation dans les rapports humains », une mise en accusation du « colonialisme et [du] système capitaliste au moment même de leur création ».

Pour Sellars le théâtre est un média, peut-être dépassé, si l'on en juge par la batterie de moniteurs qui, jouant des gros plans et des voix transmises par micros HF, font écran entre la scène et la salle et mettent le théâtre au service de l'image télévisuelle. I Was Looking at the Ceiling and then I Saw the Sky (1995), œuvre écrite en collaboration avec Adams et le poète June Jordan, est une comédie musicale et politique, sentimentale et populaire ; austère, au demeurant, et illustrée par les seuls panneaux d'artistes « graffeurs » de Los Angeles. L'essentiel pour Sellars est de dire le monde d'aujourd'hui et de peser, pour qu'il change, de toute sa force d'artiste. Ce qu'il fait encore avec sa mise en scène de The Rake's Progress, opéra de Stravinski (théâtre du Châtelet, 1996) qu'il situe dans une prison américaine.

Sellars fait des incursions de plus en plus régulières dans le monde de l'opéra, ce qui correspond bien à son refus de tout cloisonnement, à son amour ludique pour le mélange des genres et des époques : de Haendel à Wagner, de Debussy à Messiaen et Ligeti. Faute de jouer avec les notes, Sellars joue avec les langues, il travaille avec bonheur les inflexions des voix, les mosaïques linguistiques.

Il refuse de hiérarchiser le silence, la parole, le chant et les bruits d'eau ou de vent, le corps et l'image, le rituel et l'improvisation. Il refuse même de choisir entre public « cultivé » et public « populaire » : en témoignent les représentations gratuites en plein air en Californie, et le fait que, contrairement à tant d'autres metteurs en scène, Sellars accepte la captation en vidéo de ses spectacles pour la télévision.

De plus en plus reconnu, Sellars est invité dans toutes les capitales culturelles et les grands festivals : Vienne, Édimbourg, San Francisco, Boston, Amsterdam, Helsinki, Salzbourg, Berlin, Rome, Londres, Palerme, Montréal, Paris. La MC 93 de Bobigny l'a souvent accueilli : en 1997 pour le dyptique Mahagonny Songspiel / Conversations between Fear and Hope after Death (première partie de Weill et Brecht, deuxième partie sur des cantates de Bach) ; en 1998, pour un spectacle qui fit date, Peony Pavilion (Le Pavillon aux pivoines), en deux parties, inspiré d'un opéra chinois de la fin du XVIe siècle de Tang Xianzu. La musique avait été commandée à un compositeur américain d'origine chinoise, Tan Dun. Sellars s'en donna à cœur joie, de mêler les traditions les plus anciennes (univers spirituel bouddhiste ou taoïste, rituels chamaniques) et les innovations technologiques d'aujourd'hui (effets lumineux, écrans vidéo, images pré-enregistrées ou tournées en direct, synthétiseurs, équipement électronique à vue) : « l'ailleurs-dans-l'ici », comme disait Benjamin.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques

Zone(s) géographique(s) :
  • États-Unis
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

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Peter Sellars