SARRAZIN Maurice
Acteur, metteur en scène et directeur de troupe français
Sarrazin est un vrai provincial qui a fait toute sa carrière à Toulouse et qui, à force d'obstination et de passion, a réussi à bousculer bien des inerties. De fait, fondé en 1945 avec quelques camarades (dont Simone Turck), le Grenier de Toulouse, sans aucune subvention, est une des premières, sinon la première, des expériences de décentralisation dramatique de la France d'après-guerre. Il devient Centre dramatique national du Sud-Ouest en 1949, mais ce n'est qu'en 1964 que le théâtre Daniel-Sorano (du nom d'un des meilleurs acteurs du Grenier, perdu dès 1952 pour la compagnie et mort trop tôt en 1962) est construit par et pour lui à Toulouse. Le Grenier a assuré pendant vingt-cinq ans une centaine de mises en scène, donné 3 744 représentations, soit près de 150 représentations par an, chiffre considérable pour une troupe de province dont le vivier de spectateurs ne se renouvelle qu'à condition d'aller sans cesse de chef-lieu de canton en sous-préfecture.
Il connut des réussites brillantes (235 représentations du Carthaginois de Plaute, prix du concours des Jeunes Compagnies en 1946) ; ses Shakespeare et ses Molière ont été bien accueillis. Le principal titre de gloire de Sarrazin a sans doute été de prendre des risques en sortant du strict cadre du théâtre parlé et de monter des ballets et des opéras (L'Histoire du soldat, Le Roi David, Abraham), surtout de donner à Gatti une chance de faire passer ses textes difficiles mais essentiels (Chronique d'une planète provisoire, 1963, V. comme Vietnam, 1967). Sarrazin n'a pas joué seulement des classiques sans danger (il a fait connaître dans sa région Beckett et Ionesco) ; peut-être, au contraire, pourrait-on lui reprocher de s'être attaqué à des œuvres un peu trop lourdes pour l'équipe qu'il avait constituée. Quoi qu'il en soit Sarrazin se vit retirer le théâtre Daniel-Sorano à la fin de 1969 et obligé de trouver un nouveau lieu. Crise de croissance ou constat d'usure ?
Sarrazin, plus qu'artiste ou que théoricien de la mise en scène, appartient à la génération des pionniers de la décentralisation ; il est de l'étoffe des Dasté et des Gignoux, de ceux qui, mi par apostolat, mi par nécessité, ont couru les routes et joué n'importe où. Car, paradoxe, le Grenier de Toulouse, en dix-neuf ans d'existence, de 1945 à 1964, n'a joué que cent fois à Toulouse, où il ne possédait aucun lieu d'accueil, alors qu'il a joué 2 550 fois ailleurs ! Ces conditions d'existence ne favorisent ni le perfectionnisme esthétique ni les débauches décoratives. Mais la décentralisation n'existait qu'au prix de ce dénuement.
En 2008 on joue à Toulouse la dernière pièce de Sarrazin où se lit tout son amour du théâtre : Sans Laurel ni Hardy.
Bibliographie sélective
- Comédien dans une troupe , Toulouse, Grenier de Toulouse, 3, rue de la Digue, 1970
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle