PASOLINI Pier Paolo

Bologne, 1922 - Ostie, 1975

Écrivain, critique, poète, scénariste, acteur et réalisateur de cinéma italien

Son attrait pour le marxisme et le mysticisme chrétien, pour les mythes et les légendes antiques, associé à une tension poétique, philosophique et politique, d'où ne sont absentes ni la passion ni l'homosexualité, porte Pasolini à considérer son activité artistique comme un combat. Dénoncé comme thuriféraire de Marx, de Freud, ou du Christ, il s'est toujours insurgé contre ces étiquettes réductrices. Au théâtre, son arme est l'écriture poétique, expression de l'intimité, de l'inscription de soi dans un rapport critique aux autres, au monde et aux événements de l'histoire contemporaine – expression, particulièrement, des révolutions communistes et de leurs désillusions. La poésie dramatique de Pasolini, nourrie par la haine du théâtre de son époque, révèle l'homme : elle est autobiographique et engagée, enracinée dans la souvenance de Rimbaud.

Le Théâtre de parole et le « Manifeste pour un nouveau théâtre » exposent sa théorie du théâtre. Pour lui, le temps de Brecht est définitivement révolu, de même que le théâtre d'Artaud, de Grotowski et du Living Theatre considérés comme « théâtre du geste et du cri », accusés de réduire la parole à un support sonore secondaire. Le théâtre naturaliste et bourgeois, lieu de tous les bavardages et des caricatures de la parole, est aussi condamné. Ces théâtres « ont en commun la haine de la parole », et le refus de la parole sacralisée. À l'époque de Brecht, il était possible de réformer le théâtre de l'intérieur. Aujourd'hui, ce qui est remis en question, c'est le théâtre lui-même. Dans cet esprit, Pasolini prône un « théâtre de parole » qui n'est pas sans rapport avec ce qu'on appelle, dans d'autres sphères, la parole des Évangiles. Il s'agit de fonder l'ascèse du dire, d'asseoir la pureté de la parole. Assister aux représentations de ce théâtre consiste à écouter ou à entendre plutôt qu'à voir, comme s'il s'agissait d'occulter dans la mise en scène ce que le cinéma et la réalité dévoilent. Cette manifestation doit être un pur acte d'oralité, à nu, sans effets mimétiques.

Souvent superposés, les thèmes abordés dans les pièces de Pasolini sont multiples. Orgie, sa première grande tragédie (1965) est une histoire d'outre-tombe : un homme, après sa pendaison, s'interroge sur son existence et sa différence. Avec Calderón, la vie est un songe qui se répète, vite apparu, vite perdu. Dans cette pièce sont entrecroisés la guerre d'Espagne, le tableau des Ménines de Velázquez, les camps de concentration, Mai 68, la bourgeoisie, l'armée rouge, la prostitution, la clinique psychiatrique. Tout ici est éclaté. Bête de style est une autobiographie de Pasolini. Un personnage, double de l'auteur, regarde d'où il vient, ce qu'il a été, ceux qu'il a connus, ceux qui l'ont élevé, et questionne le monde, l'Histoire et les idéologies qui l'ont fait être ce qu'il est. Rien ne le satisfait. Lui qui voulait être poète à sept ans, poète de son sexe et de son pays, est emporté par la vie, les désillusions du communisme, l'obscénité du pouvoir de la bourgeoisie et la haine des maîtres, des pères et des conformistes. Dans Porcherie, décrivant le parcours d'un fils bourgeois attiré par l'amour de ses porcs, l'auteur instille dans l'Histoire le malaise qu'elle provoque. Le fils meurt, dévoré par ses bêtes. Ce texte ne raconte pas seulement l'itinéraire du désarroi d'un fils dont le père est affairiste, mais dépeint l'Allemagne amnésique de l'après-guerre, celle qui a oblitéré son passé national-socialiste.

Outre ces thèmes violents et provocateurs, Pasolini s'emploie à poursuivre, à infléchir et à modifier la trajectoire des œuvres du répertoire comme l'histoire des Euménides d'Eschyle dans Pylade ou le mythe d'Œdipe dans Affabulazione. Pylade commence là où s'achèvent les Euménides, mais au lieu qu'Oreste soit absous par les dieux, pour la première fois ce sont les hommes qui libèrent ce « prince socialiste » de sa malédiction. Dorénavant, les citoyens décident et le tribunal du peuple tranche. Les dieux n'ont plus leur mot à dire. Mais d'autres, la majorité, vivent, respirent et demeurent dans la nostalgie du passé, sans choix possible de la liberté. Dans Affabulazione – dont le thème est une question : peut-on faire un rêve, ne pas s'en souvenir, et voir, par ce rêve, sa vie changée ? – le mythe d'Œdipe est rattrapé par l'Histoire et retourné. Le père n'est plus l'objet du désir meurtrier du fils. C'est donc le père qui devra tuer. Ainsi, plein de meurtres, de morts expiatoires et de confessions effrénées, le théâtre de Pasolini ressemble-t-il à une Passion sans Dieu, passion d'un artiste militant assassiné à Ostie, le 2 novembre 1975. Pour lui, l'art ne se séparait pas de la vie. Il était la vie.

Depuis 1990, cette vie a suscité chez un jeune metteur en scène, Nordey, alors directeur du Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, en 1997, un profond désir de donner à entendre la totalité du théâtre de Pasolini. Dans son sillage, les œuvres de ce poète dramatique ont été jouées dans d'autres théâtres réputés parmi lesquels le Granit, scène nationale de Belfort, le Théâtre national de la Colline, la Comédie-Française.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

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