BENE Carmelo

Campi Salentina, Lecce, 1937 - Rome 2002

Acteur, metteur en scène et écrivain italien, à la puissante originalité dans son travail de la voix et du corps.

Après une enfance passée dans un collège religieux, où il subit l'envoûtement des cérémonies et des rites qui sont déterminants dans son désir de théâtre, il est à dix-huit ans à Rome où, quelque temps, il fréquente le Conservatoire. En 1959, Camus lui accorde les droits pour la représentation de Caligula. Le jeu insolite dans les cassures vocales et dans la gestuelle atypique de l'acteur est accueilli par la presse comme la présence la plus singulière de l'année, en un moment où le théâtre italien traverse une phase critique. Depuis, Bene n'a pas cessé de créer l'événement autour de ses spectacles. Il s'installe d'abord dans une cave : le premier travail qu'il signe comme metteur en scène est un récital de poèmes de Maïakovski, qu'il reprendra plusieurs fois, jusqu'à la version définitive de 1982 : Quatre Manières diverses de mourir en vers. Le travail de scène devient un corps à corps entre auteur et acteur valorisant l'identification morale et physique avec le poète ; contre le goût bourgeois pour le théâtre textuel, Bene, au lieu de réciter, retravaille la phonè de l'élément poétique comme s'il était en train de composer sur scène. Saisir et rendre en quelques phrases les motivations fondamentales d'un auteur, bouleverser la rigidité des textes en faisant basculer la pièce dans des valeurs imprévues, soustraire le sens au profit d'une multiplication des espaces de la visualisation, travaillée elle-même par des fulgurances continues : voilà quelques éléments de la nouveauté esthétique de Bene. L'expérience cinématographique, avec Notre-Dame des Turcs, Don Juan, Salomé, Caprices et Un Hamlet de moins, a nourri techniquement la recherche expressive de son théâtre.

Ce qui reste de Shakespeare dans ses élaborations de Roméo et Juliette, Othello et Macbeth est une nouvelle écriture de scène qui exprime la nécessité de créer son propre langage. À partir de 1980, il reprend le discours poétique : c'est la suite émouvante et grandiose de Dante, Byron, Goethe, Leopardi, Hölderlin et Manzoni dont il met en scène les œuvres, mêlant en un seul et unique registre musique et parole chantée. Un nouveau tournant semble se dessiner dans sa production avec la mise en scène de Lorenzaccio en 1986 : la matière textuelle est dépouillée jusqu'à l'affirmation scénique d'un néant dévastateur ; il n'en ressort que des métaphores qui sonnent le glas du théâtre psychologique et bourgeois, et soulignent la nécessité extrême de mettre en scène l'« irreprésentable ». Dans Homelette for Hamlet, Bene déjoue Shakespeare à travers Laforgue et l'Opéra : parole et musique ne sont plus que les moments d'une folie hallucinée sombrant dans l'imagerie d'un rêve sublime. Et dans Macbeth Horror suite (Odéon-Théâtre de l'Europe, 1996), Bene ne joue ni ne veut jouer Macbeth : il s'attaque agressivement à un texte culte pour voir et faire voir ce qu'il en reste lorsqu'on a tout démoli : entreprise extrême, à la Artaud, que cette cérémonie funèbre et dérisoire.

La dérision (et la déchirure) ultime de Bene s'attache alors à la cérémonie de la vie et de l'œuvre du grand artiste qu'il a été ; ses dernières luminescences mettent en place de longues funérailles intermittentes auxquels il participe à distance. Des lectures, des colloques et des célébrations ont lieu en son absence – dans l'empêchement du corps de l'artiste longtemps mourant –, alternant avec de rares, mais inoubliables, apparitions scéniques qui marqueront une fois de plus le théâtre italien : un dernier Pinocchio, effrayant, en 1998, In-vulnérabilité d'Achille (d'après Stace, Kleist, Homère) en 2000 – le « spectacle dé-concert en un moment » qui est aussi son œuvre testamentaire, un événement d'effacement de toute forme théâtrale au théâtre, dans laquelle Carmelo Bene témoigne aussi de sa propre disparition – puis une dernière Lectura Dantis en 2001 à Otrante.

Bene meurt à Rome en 2002. Depuis, les études critiques sur l'unicité de son œuvre se multiplient, notamment en France grâce à la parution chez P.O.L de son œuvre complète (traduite et préfacée par J.-P. Manganaro).

Une rétrospective lui a été consacrée à l'Odéon lors du Festival d'Automne de 2004.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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Carmelo Bene