KRAUS Karl
Critique et auteur dramatique autrichien
Il fustigea les mœurs de son temps. Amant jaloux de la littérature, il n'épargna aucun de ceux qu'il jugeait responsables de sa décadence. Dans ses pièces, il éleva le culte de la langue au rang d'une religion.
Tout en poursuivant des études de droit, puis de philosophie et de germanistique, Kraus rêve de devenir acteur. Son échec dans le Karl Moor des Brigands de Schiller en 1893 l'en dissuade, mais sa passion pour le théâtre grandit avec la lecture des premiers drames de Hauptmann. À vingt ans, il n'hésite pas à attaquer Hermann Bahr, l'autorité littéraire de Vienne et, révolté par la superficialité de la vie intellectuelle, il crée sa propre revue, pour dénoncer le « ridicule du monde ». La Fackel (la Torche), au titre inspiré de la Lanterne d'Henri Rochefort, paraîtra de 1889 à 1936, avec de rares interruptions. Son ironie implacable lui vaut autant d'admirateurs que d'ennemis. Parfois injuste, souvent généreux, il défend avec passion les auteurs qu'il aime – Wedekind, Strindberg, P. Altenberg –, reconnaît très tôt la valeur des pièces de Brecht, organise des collectes pour venir en aide à Georg Traklet Lasker-Schüler. Passionné par le théâtre, il organise à Vienne la première représentation de la Boîte de Pandore de Wedekind et joua lui-même dans Lulu.
D'abord silencieux face à la Première Guerre mondiale, il la dénonce ensuite avec véhémence et lui consacre une tragédie, les Derniers Jours de l'humanité (Die letzte Tage der Menschheit). Cette œuvre de plus de 800 pages, en cinq actes et 209 scènes, est une vision apocalyptique qui utilise une technique presque cinématographique. Avec une éblouissante virtuosité du langage et du style, il opère un montage de visions, de nouvelles du front, d'actes réels, de voix, de bruits, de documents. Publiée dans trois cahiers de la Fackel, puis en volume en 1923 et 1926, Kraus n'en tire une adaptation scénique qu'en 1930. Dédiant son œuvre à un « théâtre martien », il refuse les offres de mises en scène de Reinhardt et de Piscator, préférant en lire des extraits. Suivant attentivement l'évolution du théâtre allemand des années 1920-1930, il écrit lui-même en 1923 plusieurs œuvres : Pièce de rêve (Traumstück), Théâtre de rêve (Traumtheater), le Pays des coucous dans les nuages (Wolkenkuckucksheim, d'après Aristophane), les Invincibles (Die Unüberwindlichen, 1928), où il s'en prend au pouvoir de la police, de la presse et de l'argent, et la Dernière Nuit (Die letzte Nacht, 1930, avec une musique de Eisler). En Autriche comme à Berlin, il multiplie les soirées de lectures théâtrales (Théâtre de la poésie), retraduisant Shakespeare et partant en guerre contre les mauvaises adaptations des œuvres d'Offenbach, dont il propose quatorze traductions nouvelles.
Bibliographie sélective
- Les derniers jours de l'humanité , version scénique établie par l'auteur ; trad. de l'allemand par Jean-Louis Besson et Henri Christophe...introd. de Jacques Bouveresse...avant-propos de Karl Krauspostf. de Gerald Stieg, Marseille : Agone éd.Montréal (Québec) : Comeau & Nadeau éd., 2000
- Les derniers jours de l'humanité , Karl Kraus ; trad. de l'allemand par Jean-Louis Besson et Henri Christophe, Marseille : Agone, 2004
- Karl Kraus, eine Einführung in sein Werk und eine Auswahl , von Werner Kraft..., Wiesbaden : F. Steiner, 1952
- Karl Kraus , le polémiste et l'écrivain, défenseur des droits de l'individu, par Caroline Kohn , Paris : M. Didier (Mesnil-sur-l'Estrée, impr. Firmin-Didot et Cie), 1962
- [Kraus.] Karl Kraus... , sous la direction de Eliane Kaufholz, Paris : Éditions de l'Herne, 1975
Classement
Spécialité : Espace germanique
- Allemagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle