KIPPHARDT Heinar

Herdersdorf, Silésie, 1922 - Munich, 1982

Auteur dramatique allemand.

Principal représentant du « théâtre documentaire », Kipphardt fut, avec Hochhuth et Weiss, l'un des auteurs allemands les plus engagés d'après-guerre. Sa pièce En cause : J. Robert Oppenheimer (In der Sache . J. Robert Oppenheimer) lui a valu une célébrité mondiale.

Fils d'un résistant interné en camp de concentration, ses études de médecine sont interrompues par la guerre. Envoyé sur le front de l'Est en 1942, il déserte. Après avoir suivi des cours de philosophie et de théâtre, pratiqué la médecine quelques années, il choisit de vivre à Berlin-Est. Engagé comme dramaturge au Deutsches Theater, ses récits et ses pièces Décisions (Entscheidungen, 1952), Shakespeare recherché d'urgence (Shakespeare dringend gesucht, 1953) lui valent un prix national en RDA. Qualifié de « révisionniste », en 1959, il s'installe en Allemagne fédérale, travaillant aux théâtres de Düsseldorf et de Munich. Auteur de récits, de pièces documentaires ou écrites pour la télévision, il dramatisera souvent ses nouvelles : Le Chien du général (Der Hund des Generals, 1957). Gagné aux idées marxistes, attaché à la fonction politique du théâtre, il se définit comme « un enfant du national-socialisme et de la guerre ». Cet horizon historique joue un rôle fondamental dans la plupart de ses œuvres. L'Ascension d'Alois Piontek (Der Aufstieg des Alois Piontek, 1954), satire du miracle économique allemand, trace le portrait d'une génération qui accepta la barbarie sans la combattre. Dès 1955, il prend contact avec Piscator, de retour d'exil, conscient du lien esthétique et politique qui les unit. Les meilleures œuvres de Kipphardt – Le Chien du général (représenté en 1962), En cause : J. Robert Oppenheimer (1964), Joel Brand, L'Histoire d'une affaire (Joel Brand, Die Geschichte eines Geschäfts, 1965), Frère Eichmann ( Bruder Eichmann, 1983) – s'apparentent au théâtre documentaire, même si l'influence de Brecht y est sensible.

La plupart de ses pièces sont étroitement liées à des événements politiques. Si le national-socialisme en constitue souvent la toile de fond, l'Allemagne des années cinquante-soixante est l'objet de ses satires les plus mordantes. Figé dans cette image d'auteur engagé, il a forcé l'estime des critiques par la fresque consacrée au physicien Oppenheimer, un des artisans de la bombe atomique, revendiquant sa liberté et son sens de la responsabilité, face aux pressions du gouvernement américain. Admirablement servie par la mise en scène de Piscator (Volksbühne, Berlin, 1964), cette œuvre constitue l'apogée de sa carrière. Chef dramaturge aux Kammerspiele de Munich, il montera un grand nombre d'auteurs des années vingt (Fleisser, Horváth) et influencera toute une génération (Kroetz, Fassbinder). À la suite du scandale provoqué par sa mise en scène du Dragon (Der Dra-Dra, 1971) de Wolf Biermann qui, dans le programme, s'en prenait à d'importantes personnalités politiques allemandes, son contrat n'est pas renouvelé. Kipphardt projette une pièce sur les Tupamaros, écrit encore une biographie fictive d'un poète schizophrène, A. März (1975). La pièce qu'il en tire (1980) se veut une critique de la misère psychique de son temps. Mais la solitude de ses personnages, face à la société, c'est la sienne. Frère Eichmann dénonce la structure autoritaire, toujours présente en Allemagne, qui a rendu possibles les crimes nazis. Sa conception du personnage d'Eichmann, jugé trop humain, déclenche de violentes polémiques. Kipphardt ne peut y répondre. Il meurt, âgé seulement de soixante ans, travaillant au manuscrit final de cette œuvre.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026