HOCHHUTH Rolf

Eschwege, Hesse, 1931 - Berlin, 2020

Auteur dramatique allemand.

Principal représentant du « théâtre documentaire » ; sa pièce Le Vicaire (Der Stellvertreter) fut la plus discutée du théâtre d'après-guerre et bouleversa toute l'Europe.

Issu d'une famille de commerçants, il travaille comme libraire tout en suivant des cours à l'université. Lecteur d'édition, il écrit pour le théâtre. La mise en scène de sa première pièce, Le Vicaire, par Piscator en 1963 lui assure immédiatement une célébrité mondiale. En mettant en question l'attitude du Vatican et de Pie XII à l'égard du III e Reich et de l'extermination des juifs, il plonge un fer rouge dans une plaie. Attaquée de toutes parts, cette œuvre qu'il qualifie de « drame baroque chrétien » utilise des documents, des citations, renouant avec les procédés épiques du théâtre piscatorien des années vingt. Certaines scènes où le pape assiste à la déportation des juifs italiens vers Auschwitz ne lui seront pas pardonnées. Dans une Allemagne qui refuse d'assumer son passé, il investit le théâtre d'une mission éthique : soumettre l'histoire, la raison d'État, au tribunal de la conscience individuelle. Soldaten (Soldats, 1969) oppose la convention de Genève de 1864 qui garantit la sécurité des personnes civiles aux bombardements britanniques sur des villes dépourvues d'objectifs militaires. Guérillas (monté à Stuttgart en 1970 par Peter Palitzsch) dénonce à travers une fiction l'oligarchie américaine. Sa comédie Die Hebamme (La Sage-Femme, 1970-1971) met en scène une femme qui, aidant des sans-abri, s'engage dans l'illégalité. Lysistrata und die Nato (Lysistrata et l'Otan, 1973) s'inspire d'Aristophane. En 1976, il publie sous forme de roman Tod eines Jägers (Mort d'un chasseur) qui évoque à partir du suicide et de la solitude d'Hemingway celle de l'homme moderne. La version scénique présentée à Salzbourg en 1977 se définit comme un « monodrame ». Beaucoup de critiques reprocheront à son théâtre la lourdeur de ses montages.

Le récit Eine Liebe in Deutschland (Un amour en Allemagne, 1978) séduit le public ; renouant avec sa Berliner Antigone (Antigone berlinoise, 1965) il y dénonce l'époque hitlérienne comme une maladie collective. Attaqué par le ministre Filbinger, auquel il reproche son passé politique, il le contraindra à démissionner. Assumer le passé et son horreur, il le tente de nouveau par le procédé du théâtre documentaire dans Juristen (Juristes, monté en 1980) qui rappelle que, jusqu'à la fin de la guerre, 24 459 soldats furent condamnés à mort par des juges allemands. Confrontant la violence du terrorisme d'aujourd'hui et celle du III e Reich, il dresse un réquisitoire contre la collusion du droit et du pouvoir politique. Ärztinnen (Femmes médecins) dénonce l'expérimentation de médicaments sur les malades, sans échapper à une certaine platitude. Les Ossis traite de la situation difficile des habitants de l'ex-Allemagne de l'Est.

Hochhuth n'a jamais retrouvé la violence percutante du Vicaire, sa seule grande réussite théâtrale (devenu propriétaire du Berliner Ensemble en 1998, Hochhuth l'y a fait rejouer, une fois, le 1 er avril 2006). Mais sa volonté de soumettre la politique, la société tout entière, au jugement de la morale inspire le respect et marque l'esprit de toute une génération.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Allemagne
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026