Masque
genre dramatique
Le terme de masque, qui sert à désigner les somptueux divertissements donnés à la cour d'Angleterre principalement sous Jacques Ier et Charles Ier, entre 1605 et 1640, est tantôt dérivé de l'espagnol mascara, mot qui vient lui-même de l'arabe mask-hera (bouffon), tantôt du bas-latin masca signifiant démon ou du verbe mascarare qui veut dire se noircir le visage. Il pénètre en Angleterre sous la forme de mask avant que Ben Jonson ne lui rende son orthographe française originelle sous laquelle il sera désormais désigné.
Les origines du masque anglais plongent dans les traditions folkloriques, dans les danses et les déguisements des Mummers des campagnes. À la fin du Moyen Âge, les mots de mumming et de disguising s'appliquent à des spectacles d'hommes masqués évoluant en silence lors des fêtes de la période de Noël. Un texte du chroniqueur Édouard Hall, publié en 1548, note que « dans la nuit de l'Épiphanie, le roi et onze de ses compagnons se déguisèrent à la mode d'Italie, ce qu'on appelle 'masque' et qui est quelque chose d'inconnu en Angleterre […]. Après le banquet ces masquers entrèrent avec six gentilshommes vêtus de soie, portant des flambeaux, et invitèrent les dames à danser ».
Par la suite, l'initiative des masquers, qui consiste à inviter les spectateurs à se joindre à la danse finale (revels), constituera l'une des caractéristiques principales de ces réjouissances aristocratiques où la danse joue un rôle central. La participation des femmes au spectacle est un autre élément différenciant le masque du théâtre où, à cette époque, les rôles féminins sont tenus par de jeunes garçons.
Ben Jonson, qui devait écrire une trentaine de masques au cours de ses vingt-cinq années de collaboration avec l'architecte Inigo Jones, parle dans l'un de ses poèmes de l'« éphémère splendeur d'une nuit » pour désigner ces divertissements à la fois uniques et somptueux donnés après souper jusqu'à une heure souvent tardive.
Le masque consiste en effet en un intermède dansé et chanté par des professionnels, auxquels se mêlent quelques amateurs de haut rang (ce peut être le roi ou la reine), et évoluant au milieu de décors peints et de dispositifs scéniques très élaborés. Les costumes, dont le coût est à la charge des masquers, atteignent souvent un luxe inouï. Au masque proprement dit, dont l'argument principal vise, par le truchement de personnages allégoriques ou mythologiques, à flatter le souverain, agent de l'ordre, de la concorde et de l'harmonie, Ben Jonson ajoute l'antimasque pour apporter une note de dissonance et de variété dans cette célébration d'un ordre et d'une beauté quasi célestes. Il met en scène des personnages grotesques, difformes ou populaires (sorcières, hommes sauvages, pygmées, alchimistes, ferrailleurs, attrapeurs de souris) et a une fonction de contraste ou de repoussoir destinée à mieux mettre en valeur le grand ballet final visant à éblouir l'assistance par sa splendeur.
D'une façon générale, le masque se doit de surprendre et de ravir constamment ses spectateurs et aux raffinements du décor, à l'ingéniosité des machines et aux jeux des couleurs correspondent les subtiles arabesques des pas des danseurs, que Ben Jonson décrit comme des « hiéroglyphes de cour ».
Mais la belle collaboration entre l'auteur de l'âme du masque, le poète, et l'artisan chargé d'en façonner le corps devait cesser en 1631 à cause d'une querelle sur la prééminence respective de l'une ou de l'autre de ces deux moitiés complémentaires du spectacle. Inigo Jones trouve d'autres auteurs moins sourcilleux avec qui travailler mais la guerre civile n'est pas loin qui devait porter à ce genre aristocratique un coup fatal. Remarquons toutefois que le masque le plus célèbre n'est autre que Comus, écrit par Milton en 1634 pour le comte de Bridgewater, à l'occasion de son intronisation à Ludlow Castle en tant que « lord president » du pays de Galles. Ce masque, dont le luxe principal est celui de sa poésie et de sa musique (due à Henry Lawes), est, lui, toujours régulièrement représenté de nos jours à Ludlow.
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
- Royaume-Uni
- Moyen âge
- Renaissance
- 17ème siècle