BRISVILLE Jean-Claude
Auteur dramatique et adaptateur français.
Tout en conduisant une carrière dans l'édition – il a été directeur littéraire du Livre de Poche de 1976 à 1981 – Brisville écrit pour le théâtre. Une de ses premières pièces, Saint Just , patronnée par Camus, est créée en 1951, puis reprise en 1957 par le Centre dramatique de l'Est, dirigé par Saint-Denis. Il compose pour la télévision le Rôdeur (diffusé en 1967), Nora et le Récital (diffusés en 1969). La facture dramatique de ses dialogues sobres et justes, alliant l'ironie, l'humour et l'art du sous-entendu, s'apparente aux mécaniques théâtrales anglo-saxonnes : Pinter, en particulier. Le Fauteuil à bascule (Petit-Odéon, 1982) lui ouvre les portes du succès. Le dialogue dévoile avec finesse le monde de l'édition, ses mœurs, ses mystères, ses passions et, parfois, ses bassesses. L'humiliation ordinaire et l'incompréhension s'y manifestent non pas par le langage – les personnages en sont bien pourvus – mais par l'absence de communication. Brisville produit ensuite « un théâtre d'Histoire qui ne soit pas seulement rétrospectif ». Dans l'Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune (Petit-Odéon, 1985) s'opposent deux questionneurs célèbres, aux antipodes l'un de l'autre. Dans le Souper (théâtre Montparnasse, 1989) le thème du « vice appuyé sur le bras du crime » est incarné par deux personnages diaboliques : Talleyrand et Fouché. Cette pièce a fait l'objet d'un film réalisé par Édouard Molinaro (1992) avec, entre autres, Claude Brasseur et Rich. L'Antichambre (théâtre de l'Atelier, 1991) met en scène l'affrontement acharné de madame du Deffand et de Julie de Lespinasse, qui tiennent des salons littéraires où accourent d'Europe les esprits plus éclairés. L'unité de temps forte de chacune de ses pièces autorise l'inscription d'histoires particulières, propres à chaque personnage, dans l'Histoire de leurs époques respectives. Ces tentatives réussies d'écriture se nourrissent des problématiques du dialogue philosophique et du dialogue des morts en vogue au xviii e siècle. Il poursuit son travail dans la même veine avec Contre-jour (Studio des Champs-Élysées, 1993) et la Dernière Salve (Théâtre Montparnasse, 1995). Brisville pratique aussi l'adaptation : les Liaisons dangereuses d'après Hampton (théâtre Édouard-VII, 1987) et l'Officier de la garde d'après Molnár (Comédie des Champs-Élysées, 1990) en sont des exemples.