SCRIBE Augustin Eugène
Fécond auteur dramatique français.
On lui attache la réputation de faiseur de pièces faciles généralement jouées au Gymnase, temple de la bourgeoisie triomphante du début du XIXe siècle. En fait, l'œuvre surabondante de ce fils de drapier destiné au barreau ne mérite ni mépris ni ironie, tant elle a marqué de son empreinte tous les genres qu'elle a touchés.
Au premier chef, Scribe a contribué, en collaborant avec les meilleurs musiciens de son temps, à renouveler l'écriture des livrets d'opéras et d'opéras-comiques. Citons entre autres œuvres : La Dame blanche (1825) avec Boieldieu, La Muette de Portici (1828) avec Auber, Robert le diable (1831) avec Meyerbeer.
Toutefois, c'est au vaudeville que Scribe, après des débuts difficiles, a consacré l'essentiel de sa production dramatique. Ce sont parfois de courtes et fantaisistes « folies-vaudevilles » : L'Ours et le Pacha (1820), La Chatte métamorphosée en femme (1827), ou le plus souvent des « comédies-vaudevilles » en un acte qui crayonnent portraits et tableaux de mœurs : Le Nouveau Pourceaugnac (1817), Le Secrétaire et le Cuisinier (1821), Michel et Christine (1821), Les Grisettes (1823), Le Budget d'un jeune ménage (1831), Les Actionnaires (1829), Une femme qui se jette par la fenêtre (1847).
C'est dans ce genre très personnel de la comédie-vaudeville qui prend quelquefois l'ampleur de deux actes que Scribe se montre le plus novateur. Il délaisse en effet le vaudeville de ses prédécesseurs, fatras de calembredaines, pour, dans des intrigues tracées au cordeau, ménager avec logique des scènes à effets, et maintenir jusqu'au bout l'intérêt. Bâtir en somme, avec aussi quelques couplets enlevés et des dialogues efficaces sans afféteries littéraires, cette pièce « bien faite » qu'on lui a si souvent reprochée. Soucieux de reconnaissance littéraire (il est reçu à l'Académie en 1836), il s'oriente vers 1830, avec les mêmes techniques, mais en supprimant les couplets, vers des comédies en trois ou cinq actes jouées au Théâtre-Français et dans lesquelles il restitue, autant qu'il la crée, une société mesquine mais éprise d'argent et d'ambition. Ainsi dans Le Mariage d'argent (1827), La Passion secrète (1834), La Camaraderie (1837), La Calomnie (1840), Une chaîne (1841), Le Puff (1848). Les caractères, un peu ternes, y sont néanmoins fermement dessinés comme dans ses comédies d'imbroglio sentimental, politique et historique qui, toujours au Français, développent l'idée que les petites causes provoquent de grands effets : Le Verre d'eau (1840), mais aussi Bertrand et Raton (1833), L'Ambitieux (1834), Bataille de dames (1851).
En définitive, cette œuvre immense – qui comprend aussi un drame noir qui fit scandale : Dix Ans de la vie d'une femme (1832) ; un curieux apologue politique sur la Révolution : Avant, pendant et après (1828) ; une féerie insolite : Aventures et voyages du petit Jonas (1829) –, composée avec maints collaborateurs, a dominé toute une époque et, par sa vigueur, étouffé les élans du drame romantique, préparant ainsi la voie à la fois à la comédie réaliste et aux mécanismes vaudevillesques de Labiche et de Feydeau.
Bibliographie sélective
- Eugène Scribe and the French theatre (1815-1860), by Neil Cole Arvin,... , Cambridge, Harvard University press, 1924. In-16, XI-268 p., 1 portrait
- Commerce et commerçants dans la littérature , actes du colloque international, 25-26 septembre 1986, organisé par le Département Techniques de commercialisation de l'IUT A, Université de Bordeaux I ; textes recueillis par Jean-Marie Thomasseau,..., Talence : Presses universitaires de Bordeaux, 1988
- Eugène Scribe , la fortune et la liberté, Jean-Claude Yon, Saint-Genouph : A.-G. Nizet, 2000
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 19ème siècle