Benon Daniel
Metteur en scène français.
La passion du théâtre le saisit alors qu'il suit un brillant cursus universitaire. Il passe par l'Aquarium avant de prendre en charge, avec ses camarades de « l'Estrade », le théâtre Daniel-Sorano de Vincennes. La mise en scène des Corbeaux (Becque), de Deutsches Requiem (Bourgeade), et de Monsieur de Pourceaugnac au cours de la saison 1973-1974, puis l'année suivante, celle de la Mandore (Weingarten) et de Skandalon (Kalisky) attirent l'attention du public et de la presse, celle aussi du ministère qui vient de décider de rajeunir les cadres de la décentralisation. Il est nommé en 1975 codirecteur de la Comédie de Saint-Étienne. Seul maître à bord en 1978 du Centre fondé en 1947 par Dasté, il en assure l'expansion par un développement des moyens (nouvelles salles, nouvelle troupe) et un élargissement du public. En 1982, il fonde dans le cadre de la Comédie, une école d'acteurs qui, lorsqu'il quitte le Centre, est devenue l'une des huit Écoles nationales supérieures. À l'origine de la Convention théâtrale européenne qu'il crée en 1988, du Forum du théâtre européen en 1995, du Centre européen de la Jeune mise en scène en 2000, il a souvent travaillé dans de grands théâtres allemands (Cologne, Brême, Berlin, Bonn…), mais aussi en Suède, Espagne, Italie. Depuis 2003, il monte de nombreux opéras tant en France qu'à l'étranger (Allemagne, Italie, Corée du Sud…). Toutes ces activités en Europe l'ont conduit à tenter des expériences de théâtre associant plusieurs langues dont Woyzeck (français-néerlandais), les Troyennes (français-arabe), Gurs (français-allemand-espagnol). Il quitte Saint-Étienne en 2002 pour prendre la direction du Théâtre national de Nice.
Daniel Benoin est venu au théâtre à la fin des années 1960, au moment où, appuyée sur le développement des sciences humaines, la réflexion artistique dynamise ou contamine – selon les jugements – la création, au moment où le metteur en scène s'impose comme un « maître de lecture ». Il est à la fois fasciné par les images et méfiant devant toutes les formes de réalisme. Sa lecture des œuvres contemporaines ou classiques met en réflexion ou en question, d'une façon qui s'apparente à un néo-baroquisme, tous les « effets de réel ». Seule, pour lui, la représentation peut dénoncer les illusions et les certitudes et permettre d'accéder à une vérité. De là qu'il s'intéresse à tous les phénomènes d'intériorisation et singulièrement à la mémoire, de là aussi qu'il aime replacer l'action ou le récit dramatique dans la perspective d'un personnage narrateur qui soit à la fois à l'origine et au cœur du spectacle. L'expérience qu'il fait de la scène comme acteur, une interrogation plus attentive portée aux textes infléchissent, avec le temps, sa manière. Le rapport entre texte et image ne s'inverse pas mais se rééquilibre, en particulier dans les mises en scène des grandes pièces du répertoire, les Molière entre autres.
Parmi ses nombreuses mises en scène, on peut distinguer Woyzeck, créé en Avignon en 1975 – pièce qu'il a retravaillée tout au long de sa carrière (1985, 1987, 1991, 2006) tant en France qu'en Allemagne et en Belgique, le Roi Lear (1976), Cache ta joie (1979, J.-P. Manchette), Proust ou la Passion d'être (1978, Serge Gaubert, d'après Proust), la Cantatrice chauve, la Cagnotte, Faust (1982), Les apparences sont trompeuses (1985, Bernhard), Ghetto (1986, Sobol), Sigmaringen (France) (1990, Benoin), les Sept portes et Personne d'autre (1991 et 1992, Strauss), Roméo et Juliette (1993), les Troyennes (1994, Euripide/Sartre), l'École des femmes (1996), Maître Puntila et son valet Matti (2001), l'Avare (2002). Il créé pour la première fois en France des auteurs tels que Bruckner (le Mal de la jeunesse, 1993), Hare (l'Absence de guerre, 1994), Urs Widmer (Top Dogs, 1998), Kane (Manque, 1999). À Nice, il a créé, entre autres Festen d'après le film de T. Vinterberg, Misery d'après S. King, Dom Juan (2003), Gurs : une tragédie européenne de Jorge Semprun (2004), une nouvelle version de la Cantatrice chauve (2006).
Bibliographie sélective
- Mettre en scène au présent , 2, Raymonde Temkine, Lausanne : l'Âge d'homme[Paris] : [Centre de diffusion de l'édition], 1980
- Sur le bord du théâtre , une saison avec Daniel Benoin, Colette Fayard, Paris : Edilig, 1984
- Vues de scène , 1975-1995, vingt ans de théâtre à la Comédie de Saint-Etienne avec Daniel Benoin, photogr. de Yves Guibeaud ; texte de Raymonde Temkine, Chambéry : Ed. Comp'act, 1995
Classement
Spécialité : 21ème siècle
- France
- Suède
- Italie
- Corée du Sud
- Allemagne
- Espagne
- Pays-Bas
- 20ème siècle
- 21ème siècle