Prologue

Dans le théâtre grec, à l'origine, le prologue était la partie de la tragédie qui précédait l'arrivée du chœur. Chez Euripide, souvent mis dans la bouche d'une divinité, c'est un monologue qui donne des indications nécessaires à l'intelligence de la pièce. Dans la comédie latine, un personnage spécial nommé Prologus est souvent chargé de ce texte alors qu'au Moyen-Âge le prologue des mystères est dit par le « meneur de jeu » qui orchestre l'action.

Si le prologue assure des fonctions de présentation et/ou d'exposition, il peut encore permettre la polémique (Térence), servir à l'adulation d'un protecteur (Quinault) ou à la palinodie (Racine, par la voix de la Piété, dans Esther).

Sur la scène anglaise de 1660, le prologue suit les modèles élisabéthains. Comédiens et troupes dépendent totalement de la faveur du roi et des grands, d'où les lettres-dédicaces multiples. Chez Dryden et Congreve, elles s'accompagnent d'analyses sur les intentions de l'auteur, parfois de tentatives de disculpation. Les prologues, sortes de préambules monologués et souvent en distiques, n'étaient pas toujours écrits par le dramaturge mais par un confrère, un poète connu, parfois un mondain à la plume facile. Cet exercice rhétorique visait à s'attirer la bienveillance du public qu'il flattait. Souvent dit par une belle actrice, il cherchait à faire naître le silence dans une salle bruyante. Vrai morceau de bravoure, le genre s'en poursuivra plus d'un siècle.

Le prologue peut aussi assurer une fonction « déréalisatrice » en enclenchant, par le biais d'emboîtements textuels parfois compliqués (le prologue du Faust de Goethe, celui d' Henriette Maréchal des Goncourt), de multiples jeux intra- et/ou extra-fictionnels entre divers personnages, entre un directeur et son théâtre, un auteur et sa fiction ou alors jouer le rôle de simple « lever de rideau ». On comprend que de tels écarts paratextuels aient séduit les auteurs recherchant les effets de distanciation (Brecht ).

Aussi sûrement le prologue peut servir les procédés de l'illusion comme dans le mélodrame romantique (Lazare le pâtre de Bouchardy) où il place d'emblée le spectateur dans la tension dramatique. Chaque événement du drame qui suit trouve alors sa clé dans l'action initiale du prologue.

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Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026