Pakistan
(Le théâtre au)
Bien que de développement récent, le théâtre pakistanais a su à la fois sauvegarder sa tradition en urdu, la langue nationale et assimiler les modèles occidentaux.
De brillants débuts
Les racines du théâtre pakistanais remontent au milieu du XIXe siècle, bien avant l'accès du pays à l'indépendance ; c'était à Lucknow, capitale de l'Oudh, État princier de l'Inde (dans l'actuel Uttar Pradesh). La cour de son souverain était un grand centre d'art et de culture ; là, eut lieu la représentation de la première œuvre théâtrale urdu, Indar Sobha de Mirza Amanat. Du fait de l'absence, dans le sous-continent indien, de théâtre professionnel au sens occidental du terme, cette œuvre était, pour sa forme, beaucoup plus proche du pageant anglais que de la pièce de théâtre occidentale. Indar Sobha, qui repose sur la mythologie indienne, était joué sur une estrade semblable à celles que l'on utilisait à Londres et à Paris au XVIIe siècle.
Comme dans les théâtres élisabéthains la scène était entourée de spectateurs sur trois côtés, scène qui avait été conçue et construite par un hôte français de la cour royale dont on ignore le nom, la profession et la raison de sa présence à la cour de Oudh. Ainsi donc, la forme dramatique aussi bien que la mise en œuvre scénique sont d'origine occidentale. Pendant presque un demi-siècle, l'essentiel de la production a consisté en traductions et adaptations soit d'anciennes pièces classiques sanskrites et perses, soit de Shakespeare et autres auteurs classiques anglais. La plupart des œuvres étaient récrites et jouées en accord avec les tendances populaires de l'époque ; c'est pourquoi la danse et la musique sont parties intégrantes du théâtre pakistanais originel. Aujourd'hui, le théâtre folklorique provincial, en plein développement, est parfois mis en scène dans ce style.
Le théâtre urdu fut victime de l'avènement du cinéma qui, en comparaison, le faisait paraître plat et artificiel, mais il réchappa du désastre peu avant la Seconde Guerre mondiale, grâce à la popularisation d'un nouveau média, la radio, qui se mit avec enthousiasme au service du théâtre. Le théâtre radiophonique, bien que par définition non scénique, attira les auteurs confirmés et incita les jeunes écrivains à considérer avec intérêt l'art dramatique. Quelques années plus tard, plusieurs de ceux qui avaient commencé leur carrière à la radio sont devenus des écrivains majeurs du théâtre pakistanais.
Le théâtre de l'indépendance
Pendant ce temps, le gouvernement britannique décida de se retirer en créant (août 1947) deux États indépendants, l'Inde et le Pakistan. La situation du théâtre n'était pas brillante. Cependant, l'indépendance devait donner une impulsion nouvelle à la vie culturelle restée somnolente pendant la domination étrangère. En 1948, quelques groupes dramatiques enthousiastes se constituèrent à partir des universités, à Lahore comme à Karachi, les deux principaux centres culturels du pays ; la plupart de leurs membres étaient cultivés, quelques-uns au fait du théâtre occidental, amateurs dans leur démarche mais progressistes dans leurs idées. Ne disposant pas de moyens professionnels, ils présentaient leurs pièces sur des scènes démontables, en plein air, ou dans des salles de réunion de collèges universitaires. Entre 1951 et 1957, on monta, soit en punjabi soit en urdu, des adaptations de Shakespeare, Gogol et Molière ; en 1950, on joua à Karachi Zawal-e-Hydrabad de Khawja Moinuddin, drame poignant mêlé de musique et de chansons ; une autre pièce du même auteur, Naya Nishan, obtint encore plus de succès, mais le gouvernement, considérant qu'elle attisait les passions à propos du statut du Cachemire, l'interdit. En 1953, du même auteur est donné Lal Qile Se Lalukhet, qui raconte les déboires d'une famille d'émigrants venus d'Inde. Ce fut un succès de public à Karachi (140 représentations consécutives) comme à Lahore.
À cette époque, le théâtre n'était guère joué que dans quelques-unes des plus grandes villes du Pakistan comme Lahore ou Karachi, tandis qu'actuellement le mouvement théâtral s'est étendu à la plupart des petites villes où, en plus des pièces en urdu, on écrit et on joue des œuvres en dialecte. Ainsi, surtout depuis l'éclosion de la démocratie en 1988, le théâtre se développe et prospère – au point que des critiques se sont élevées contre la tendance à un théâtre commercial qui se manifeste depuis les années 1980 – car, sous la loi martiale (1979-1986), il n'était pas facile d'aborder librement sur scène la plupart des problèmes sociaux, économiques et moraux. À la différence du théâtre expérimental, le théâtre commercial, qui en était réduit aux seuls thèmes de la farce, a permis cependant pour la première fois à des artistes de vivre de leur travail ; il a aussi assuré au théâtre de larges auditoires, en dépit de l'attrait de la télévision. Durant les deux dernières décennies, on a joué des pièces traduites ou adaptées en urdu ainsi que des chefs-d'œuvre étrangers en langue originale. En raison du peu d'intérêt du public pour un théâtre sérieux, l'accent a été mis sur la farce et la comédie facile. Simultanément, le développement d'un théâtre expérimental a poussé nombre d'écrivains à abandonner les thèmes rebattus ou sentimentaux. On recherche maintenant des sujets nouveaux, provocants, proches de la réalité. Ce passage des décoctions sirupeuses au réalisme social est une évolution heureuse.
L'apport de l'Occident
Karachi a le mérite d'avoir lancé avec succès le théâtre de l'absurde, au début des années soixante, avec En attendant Godot de Beckett. De là date la création, par Meherji et Pervez Dastur, d'un théâtre expérimental. Mais dès 1956, sous l'impulsion de l'écrivain Moinuddin, du célèbre acteur de cinéma Zia Mohyeddin et d'une allemande passionnée de théâtre, le Theatre Group avait été fondé, qui jouait du Molière et nombre d'auteurs contemporains occidentaux. Cette tendance gagna du terrain dans les années 1980 ; et, pour tourner la censure, la plupart des écrivains, surtout les jeunes, se mirent à écrire des pièces allégoriques qu'ils faisaient jouer dans les jardins des maisons privées ou les arrière-cours de missions diplomatiques. Celles-ci, en aidant les auteurs à s'exprimer, ont joué et jouent un rôle louable. À cet égard, outre le British Council et les services culturels américains, le Goethe Institut et l'Alliance française ont été actifs en aidant à la traduction de pièces en urdu ainsi qu'en allemand ou en français : telle l'adaptation en urdu de Biedermann et les Incendiaires de Frisch, accueilli avec succès.
La renaissance du théâtre doit beaucoup au théâtre amateur ; son succès stupéfiant prouve que le théâtre pakistanais a pris son envol. Dès lors, son avenir paraît brillant.
Classement
Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient
- Pakistan
- 19ème siècle
- 20ème siècle