Luxembourg
(Le théâtre au)
Le Grand-Duché de Luxembourg (459 000 habitants en 2006, un bon tiers d'étrangers) est un pays officiellement trilingue. Le français et l'allemand sont les langues de l'administration et de la presse, mais le luxembourgeois, dialecte francique mosellan de l'Ouest reconnu comme langue nationale depuis 1984, est la koinê de tous les autochtones.
Les drames moralisants en langue latine que les pères jésuites font jouer aux élèves de leur collège de Luxembourg (1603-1773) constituent probablement l'origine du théâtre luxembourgeois. Des comédiens ambulants et des bateleurs amusent le peuple de la ville-forteresse appelée « la Gibraltar du Nord ». Au début du XIXe siècle des troupes de Metz et de Trèves donnent sur des scènes de fortune des pièces allemandes (Kotzebue), qui attirent les soldats prussiens de la garnison, et des pièces françaises (Scribe), qui s'adressent au public bourgeois. En 1855 est représentée De Scholdschein (La Reconnaissance de dette), première pièce en luxembourgeois. D'autres vaudevilles du même auteur, Edmond de La Fontaine, dit Dicks, font de ce précurseur un modèle difficile à égaler. En 1873 une première scène permanente est aménagée dans la capitale. Au début, la plupart des auteurs écrivent des drames paysans ou bourgeois en luxembourgeois (André Duchscher, Batty Weber, Max Goergen, Isi Comes, Josy Imdahl, Lucien Koenig). D'autres ont recours à l'allemand, comme Nicolas Welter.
Après la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux auteurs font jouer des pièces en luxembourgeois : Marcel Reuland, Tit Schroeder, René Weimerskirch, Fernand Hoffmann, Norbert Weber. En 1964 est construit le Nouveau Théâtre municipal de Luxembourg. Cette maison propose du théâtre de tournée : spectacles français, allemands, opéras et opérettes, jeunesses théâtrales, ballets, spectacles luxembourgeois (« Lëtzeburger Theater », longtemps animé par Eugène Heinen, et « Revue » annuelle). Le Théâtre municipal d'Esch-sur-Alzette (1962) fonctionne sur un modèle similaire. Les associations villageoises puisent dans le répertoire luxembourgeois traditionnel. Depuis 1953 un festival de théâtre en plein air a lieu chaque année (juillet) au Château de Wiltz.
La vie théâtrale doit beaucoup à Tun Deutsch (1932-1977) qui a introduit l'esprit professionnel en fondant le Cercle grand-ducal d'art dramatique et le Théâtre des Casemates. Cet acteur et metteur en scène a notamment incarné en 1966 un des personnages des Tigres, du Luxembourgeois Edmond Dune, dont un autre drame existentialiste, Les Taupes, a été créée en 1957 au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris. Le théâtre francophone luxembourgeois a connu peu d'autres créations hormis un drame néo-romantique de Félix Servais (Le Duc de Saint-Firmont, 1906) et le drame bourgeois Le Lasso de Batty Weber, créé par Lugné-Poe au Théâtre de l'Œuvre à Paris (1922). Marc Elter et Claude Weber ont pu faire jouer l'une ou l'autre de leurs pièces, alors que celles de Joseph Leydenbach et de Georges Erasme n'ont été que publiées. L'année 1994 a vu la création du Carn-acier, comédie grinçante de Guy Rewenig qui met en scène un ouvrier sidérurgiste chômeur dont les repères sociaux et familiaux s'écroulent. À signaler aussi la création récente de L'Enfant des nuages de Marie-Claire Junker (1995) et de Destin. Destination. Une tragédie de Jean Portante (1999). Karnaval. Brève de comptoir tétralogique pour deux voix et un téléphone de Tullio Forgiarini (2006) mériterait d'être créée. Le café-théâtre en langue française est représenté par Claude Frisoni.
Comme dramaturges contemporains d'expression luxembourgeoise il faut signaler Alain Atten, Guy Rewenig, Roger Manderscheid, Guy Wagner, Nico Helminger, Ed Maroldt, Paul Greisch, Josy Braun, Josy Christen, Jean-Paul Maes et dernièrement Claudine Muno. Le cabaret en langue nationale inspire des auteurs comme Josiane Kartheiser, Josy Braun, Mars Klein, Jhemp Hoscheit, Jemp Schuster. Le théâtre en allemand est illustré par Nico Helminger.
En 1973 deux troupes se sont fondées qui entendent éviter le spectacle purement commercial : le Théâtre du Centaure dirigé par Philippe Noesen, ancien pensionnaire de la Comédie-Française et professeur au Conservatoire de Luxembourg, plus tard directeur à Esch, et le TOL (Théâtre Ouvert Luxembourg) animé d'abord par Claudine Pelletier et Marc Olinger, couple franco-luxembourgeois formé à Paris. Depuis 1985 Olinger dirige le Théâtre des Capucins que la Ville de Luxembourg destine aux jeunesses théâtrales et aux spectacles d'avant-garde. En 1995, Claude Mangen et Serge Tonnar fondent la troupe Maskénada, qui se dédie au théâtre anticonformiste. La troupe Namasté, dirigée au Lycée Hubert-Clément à Esch-sur-Alzette par Alex Reuter, élève le théâtre scolaire à un excellent niveau.
De nombreux acteurs luxembourgeois ont travaillé ou travaillent en Allemagne, en Suisse, en France, comme René Deltgen, Juliette Faber, Berthe Tissen, Joseph Noerden, André Jung, Josiane Peiffer, Jean-Paul Raths, Germain Wagner, Luc Feit, Steve Karier, Nicole Max, Pit Goedert. Certains se font également un nom au cinéma, comme Thierry Van Werveke ou Myriam Müller. Un metteur en scène se signale par son style expressionniste qui prend beaucoup de liberté avec le texte des pièces : Frank Hoffmann, qui a été formé outre-Moselle. Comme en Allemagne, le théâtre luxembourgeois a souvent recours à un « dramaturge », par exemple Frank Feitler ou Olivier Ortolani.
À partir de 1995, où Luxembourg fut une première fois Ville européenne de la culture, d'autres endroits scéniques apparaissent : Théâtre national du Luxembourg (1996, animé par Frank Hoffmann), Centre des arts pluriels Ettelbruck (2000), Centre culturel de rencontre Abbaye de Neumünster (2004). Le retard en infrastructures a été plus que comblé, une billetterie centrale a été mise en place, mais le problème reste organisationnel : il faut coordonner les différentes programmations, prévoir davantage encore de montages financiers et de coproductions (inter)nationales, exporter des créations (festivals en France et en Allemagne), conquérir de nouveaux publics par une médiatisation intense et une offre linguistique à l'échelle de la culture luxembourgeoise devenue polyglotte. Déjà, les différentes salles, regroupées en Fédération luxembourgeoise des théâtres professionnels (1996), dont certains ont signé la Convention théâtrale européenne, vivent grâce à une majorité de spectateurs non luxembourgeois, en grande partie des fonctionnaires européens habitués dans leur patrie à une offre culturelle séculaire et aussi des visiteurs frontaliers. En 2007, Luxembourg est encore une fois Capitale européenne de la culture et y associe la Grande Région (Wallonie, Lorraine, Palatinat, Sarre) et même Sibiu en Transylvanie, vers où des « Luxembourgeois » ont émigré au XIIe siècle, la Roumanie étant membre de l'Union européenne depuis peu : l'activité sur les planches en sera encore intensifiée. Les troupes luxembourgeoises se sont habituées depuis une trentaine d'années à aller vers l'inconnu, à décoiffer les classiques, à révéler l'actuel dans l'historique, d'où des créations par dizaines de pièces d'auteurs étrangers souvent encore peu connus dans leurs pays ou de dramatisations à partir de textes qui, au départ, sembler manquer de théâtralité.
Même s'il n'y a toujours pas d'ensemble professionnel luxembourgeois, la pratique théâtrale évolue très vite avec un public moins cultivé mais plus ouvert et plus curieux qu'autrefois, avec des troupes qui tentent de l'associer au jeu par des stratégies participatives et interactives (initiative Ni vu ni connu, en 2007, où le public est averti au dernier moment via la Toile sur le type de spectacle, donné souvent dans un lieu improbable et décalé) et par une certaine déconstruction du rituel dramatique. Mais l'on attend toujours le très grand auteur dramatique luxembourgeois capable de s'imposer sur les scènes étrangères.
Bibliographie sélective
- Littérature luxembourgeoise de langue française , publ. sous la dir. de Rosemarie Kieffer, Sherbrooke, Canada : Naaman, 1980
- Amorphe d'Ottenburg , [Paris, Théâtre national de l'Odéon, 8 octobre 1971], Jean-Claude Grumberg, [Arles] : Actes SudParis : Papiers, 1989
- Guide culturel du Luxembourg , le gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg, Ministère de la Culture, de l'enseignement supérieur et de la Recherche, Steinsel : Ed. Ilôts, cop. 2007
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Luxembourg
- 17ème siècle
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