Élisabéthaines
(Compagnies)
La constitution de compagnies professionnelles fut un facteur essentiel du développement du théâtre élisabéthain. La législation leur fut apparemment défavorable : une loi de 1572 obligea les comédiens à acquérir le statut de serviteurs d'un membre de la noblesse pour éviter d'être considérés comme des vagabonds ; en 1598 le Conseil privé décida de limiter à deux le nombre de compagnies autorisées à jouer à Londres ; en 1603 Jacques I er fit passer les trois compagnies les plus importantes sous le patronage de membres de la famille royale, statut qui fut accordé à deux autres compagnies en 1610 et 1611. En fait, les mesures restrictives furent souvent tournées, et si les décisions de la cour peuvent s'interpréter par la volonté d'exercer un contrôle de plus en plus étroit sur le théâtre, elles signifient surtout que les compagnies échappèrent progressivement à l'hostilité des autorités locales, et que les meilleures d'entre elles obtinrent un quasi-monopole des représentations théâtrales à Londres. Assurées d'une protection officielle, elles purent envisager de s'organiser durablement et de travailler comme des entreprises commerciales. Elles s'établirent sur la base de la participation financière de leurs membres à la vie de la compagnie. Le plus souvent, elles ne possédaient que leurs accessoires et leurs costumes, et devaient louer une salle à un entrepreneur tel que Henslowe*. Mais certaines purent devenir propriétaires de leur théâtre. Celle des Chamberlain's* Men se constitua ainsi en une sorte de coopérative ouvrière ou de société par actions dont le statut même apporta une garantie de solidarité. Sa stabilité fut toutefois assez exceptionnelle dans un milieu soumis aux aléas des tempéraments individuels et des événements sociaux.
Les dissolutions, les fusions, les transformations furent fréquentes. Ainsi quand Élisabeth, en 1583, décida de se donner une compagnie, elle choisit les meilleurs acteurs dans les troupes existantes, qui de ce fait furent décimées. En 1593-1594 la peste entraîna une désorganisation complète des compagnies et quand les théâtres purent rouvrir leurs portes, on vit les serviteurs de lord Strange devenir les Chamberlain's Men tandis qu'Alleyn* prenait la tête d'une nouvelle compagnie de Lord Admiral's* Men. En 1602 la très ancienne troupe des Worcester's Men s'allia avec les Oxford's Men et parvint à se faire reconnaître officiellement le droit de jouer au Boar's Head. En 1603 elle devint la troupe de la reine (Queen Anne's Men), en même temps que les Chamberlain's Men devenaient les King's Men, et les Lord Admiral's Men devenaient les Prince Henry's Men. En 1611 la fille de Jacques I er , la future Élisabeth de Bohême, donna son patronage à une troupe, les Lady Elizabeth's Men, qui fusionna en 1613 avec les anciens Enfants de la chapelle devenus Queen's Revels, puis avec les Duke of York's Men, qui prirent le nom de Prince Charles's Men quand le duc d'York devint l'héritier présomptif.
De telles vicissitudes n'empêchèrent pas de passer de la prédominance de l'amateur à celle du professionnel, et du temps du comédien isolé à celui du groupe d'acteurs constituant une structure collective au sein de laquelle les dons individuels pouvaient s'exprimer et s'affiner. Les acteurs avaient de jeunes apprentis, chargés des rôles féminins, et louaient les services d'autres comédiens pour compléter les distributions. Leurs talents étaient multiples (c'étaient souvent de bons musiciens) mais on ne sait presque rien de leur jeu. Leur aspect physique avait une grande importance : ils payaient leurs costumes beaucoup plus cher que leurs textes. Mais leur notoriété et la nature même des rôles écrits pour eux prouvent qu'ils surent montrer de la sensibilité et du naturel.
Nous sommes moins bien renseignés sur les membres des troupes d'enfants, qui furent entre les mains de promoteurs de spectacles, et auxquels leur âge interdisait d'accéder à un statut légal. Des premières troupes, qui furent dissoutes en 1590, on ne sait presque rien. Quand, après 1600, les Enfants de la chapelle purent de nouveau jouer au Blackfriars, et ceux de Saint-Paul dans une salle proche de la cathédrale, ils se comportèrent en véritables professionnels et connurent pendant quelques années un très vif succès. Ils jouèrent des œuvres d'auteurs aussi célèbres que Jonson, Marston ou Dekker . Certains furent remarquables, et, en grandissant, rejoignirent les troupes d'acteurs adultes. Les Enfants de la chapelle disparurent en 1608, ceux de Saint-Paul en 1613. D'autres troupes d'enfants furent constituées, mais leur importance fut beaucoup moins grande.
Bibliographie sélective
- The Profession of dramatist in Shakespeare's time 1590-1642 . Gerald Eades Bentley , Princeton, N.J., Princeton university press, 1971
Classement
Spécialité : Antiquité - 16ème siècle
- Royaume-Uni
- 17ème siècle