Édition théâtrale
Elle occupe le carrefour entre théâtre et littérature et a toujours entretenu des liens étroits avec l'actualité scénique. Souvent considérée comme un élément périphérique de la scène, elle traduit parfois une activité autonome lorsque les textes ou analyses sont publiés en amont de projets spectaculaires.
On distingue trois genres de publication : l'édition de livres sur le théâtre et les arts associés ; celle de revues théâtrales ; la publication de pièces contemporaines, classique ou pour la jeunesse. La première catégorie propose des documents, témoignages, analyses (historiques, sociologiques, économiques), traités techniques sur les métiers du plateau, essais critiques ou analytiques sur la création. Ces ouvrages sont publiés par des éditeurs généralistes (Presses Universitaires de France, CNRS), spécialisés (L'Entretemps) ou représentent une diversification de la production éditoriales des éditeurs de textes.
Ce secteur éditorial jouit également de l'existence de plusieurs revues spécialisées. Ces périodiques, souvent liés à des créateurs, voient leur diffusion fluctuer suivant les époques. Leur vitalité dépend étroitement de la santé de la vie théâtrale. On compte dans les années 2000 des publications telles que Théâtre/Public, Alternatives théâtrales, Études théâtrales, Actualité de la Scénographie, la Scène, Mouvement, Entr'Actes. S'insèrent également dans cette production périodique, les parutions de certains théâtres nationaux tels que Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Lexi Textes (Théâtre de la Colline) ou OutreScène (TNS).
Un peu d'histoire
Plusieurs de ces revues assurent parfois la publication de pièces inédites. Ce fut le cas de la revue Théâtre populaire (née en 1953 dans la mouvance du TNP), puis plus tard de Travail théâtral. Il faut signaler surtout l'Avant-Scène Théâtre, périodique mensuel qui publie ainsi vingt-cinq pièces chaque année. Cette revue a pris la suite de la tradition inaugurée vers 1850 par l'Illustration (devenue plus tard la Petite Illustration), magazine d'informations générales qui publiait régulièrement des pièces ou saynètes sous formes d'encarts. Son tirage avoisinant les cent mille exemplaires donne l'idée de l'intérêt du public pour la lecture des pièces de théâtres avant la Seconde Guerre mondiale.
Depuis, la publication des pièces de théâtre a connu des fortunes diverses. Si les pièces classiques prescrites par les programmes scolaires sont rééditées régulièrement dans des collections de poche (Hachette, Nathan, Larousse, Bordas, Gallimard), il en va tout autrement des textes dramatiques contemporains. Jusqu'à la fin des années 1960, le genre théâtral bénéficiait de la considération du public et les grands éditeurs n'hésitaient pas à publier les pièces comme des œuvres littéraires à part entière. Qu'il écrive du roman, de la poésie, des essais ou du théâtre, l'écrivain passait sans difficulté d'un genre à l'autre et son éditeur publiait l'ensemble de son œuvre, sans discrimination. De la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1970, les grandes maisons de littérature réservaient ainsi au théâtre une place de choix en développant leurs collections « théâtre » : Le Seuil, Flammarion, mais surtout Gallimard (dont « le Manteau d'Arlequin » fut dirigée par Lemarchand jusqu'en 1975) et Stock (avec la collection « Théâtre Ouvert » dirigée par Lucien Attoun jusqu'en 1979) ont publié les pièces représentatives du répertoire de l'époque.
Aujourd'hui en France…
Depuis la fin des années 1970, exceptés Minuit, Gallimard, Le Seuil, Christian Bourgois ou P.O.L. qui publient ponctuellement les textes dramatiques de leurs « auteurs maison », les grands éditeurs ont abandonné le genre théâtral. Deux raisons principales à cette évolution et à cette perte progressive de lectorat. D'une part, la mainmise des metteurs en scène dans l'écriture du spectacle qui a lentement évacué l'auteur comme un des instruments de la représentation ; d'autre part, la perte de l'intéressement des maisons d'édition aux droits de représentation du fait du monopole de la SACD sur la perception de ceux-ci, véritable frein à la publication d'auteurs contemporains pour de nombreux éditeurs. En 1985, un rapport commandé par le Centre national du livre à Vinaver, le Compte rendu d'Avignon (sous-titré Des mille maux dont souffre l'édition théâtrale et des trente-sept remèdes pour l'en soulager) pointait ainsi l'abandon de la publication du théâtre contemporain, la déshérence des rayons spécialisés en librairies et le silence de la critique, tout en soulignant le travail émergent d'éditeurs militants.
Quelle évolution jusqu'à aujourd'hui ? Aux côtés des éditions de l'Arche (fondées en 1949 par Robert Voisin et dirigées depuis 1985 par R. Rach) spécialisées dans la dramaturgie européenne (les théâtres complets de Brecht, Strindberg, Bernhard…) avec une ouverture récente sur le domaine français (Fabrice Melquiot ou Vinaver, notamment) et de l'Avant-Scène Théâtre qui a développé une collection de textes contemporains (« Les Quatre Vents » à partir de 1988), sont apparues et se sont développées plusieurs structures éditoriales. Lucien et Micheline Attoun, à la tête de Théâtre Ouvert, Centre dramatique national de création ont ainsi créé les Tapuscrits, ouvrages permettant une diffusion de textes contemporains auprès des professionnels ; Jean-Pierre Engelbach et Jacques Pélissard ont lancé dès 1981 la collection « Théâtrales » chez Edilig devenue en 1989, les Éditions Théâtrales, tournées vers les écritures contemporaines (Barker, Bonal, Keene, Levin, Minyana, Renaude, notamment) ; Christian Dupeyron a lancé la collection « Papiers » en 1985, intégrée l'année suivante par Actes Sud et dirigée depuis par Claire David, avec la volonté d'accompagner le théâtre contemporain créé sur scène (Josiane Balasko, Joël Pommerat, Py, Vinaver). Avec le travail rayonnant également en France de Lansman, éditeur belge, et les apparitions plus tardives des Solitaires intempestifs dirigés par François Berreur (initialement autour de l'œuvre de Lagarce dès 1995) puis de plusieurs autres maisons de taille plus modeste (Espace 34, Le Bruit des Autres, l'Espace d'un instant, les éditions de l'Amandier, Domens, Art et Comédie), le secteur spécialisé de l'édition théâtrale s'est constitué.
Avec des spécificités éditoriales propres, ces maisons s'accordent sur un retour du genre théâtral et des écritures contemporaines dans le giron littéraire (Théâtrales avance même : Le théâtre ça se lit aussi). Si Papiers ou les Solitaires intempestifs, notamment, publient une part de leur production en appui d'une création scénique, une certaine autonomie vis-à-vis du plateau et une recherche de répertoire caractérisent le secteur. D'autre part, l'édition théâtrale bénéficie de soutiens réguliers de la part d'organismes tels que la Maison Antoine Vitez (par le biais d'aide à la publication d'auteurs traduits), ANETH (Aux Nouvelles Écritures Théâtrales), dans un rôle de mise à disposition de manuscrits labellisés par son comité de lecture, et sporadiquement la SACD, par son soutien aux EAT (Écrivains Associés du Théâtre) et de son association Beaumarchais. Le principal soutien financier provient du CNL (Commission nationale du Livre) qui dispose d'une commission spécifique « théâtre ». L'ensemble de ces aides directes ou indirectes ne représentent pas plus de 8 à 10 % des budgets des structures éditoriales : un marché de la publication du théâtre contemporain s'est donc ancré, même s'il demeure fragile. Aujourd'hui, près de trois cents pièces contemporaines sont publiées chaque année, dont 60 % assumées par ce secteur, la production restante correspondant aux publications ponctuelles de nombreux éditeurs généralistes.
Au rang des évolutions artistiques impulsées par le secteur, on peut noter une participation active à l'émergence d'une génération d'auteurs (soutenus également par le CNES/la Chartreuse) qui irriguent, encore modestement, mais de façon plus prégnante les scènes subventionnées ou privées ainsi qu'un changement assez net des pratiques des troupes d'amateurs ; nombre d'entre elles choisissent aujourd'hui de jouer des textes contemporains.
Une nouvelle embellie économique et artistique semble également poindre grâce au développement éditorial du théâtre pour la jeunesse (après les pionniers Très Tôt Théâtre, Lansman, La Fontaine ou l'École des loisirs, apparition de collections chez Papiers, Théâtrales ou l'Arche), poussé par la prescription scolaire. Ce monde enseignant représente une part importante du public de l'édition théâtrale avec les praticiens du théâtre (amateurs ou professionnels) et les spectateurs.
… et à l'étranger
À l'étranger, la publication se développe également à la marge de l'activité éditoriale littéraire. Elle est souvent prise en charge par des maisons spécialisées comme Suhrkamp ou Verlag der Authoren en Allemagne, Ubulibri ou Einaudi (Collezione di teatro) en Italie, Oberon, Border Crossing ou Methuen Drama en Grande-Bretagne, Australian Script Center en Australie, Theatre American Group ou Dramatists Play Service aux États-Unis, De Geus Uitgeverij aux Pays-Bas. La plupart de ces parutions sont en lien direct avec les représentations, même si les pièces traduites de dramaturgies étrangères à ces pays peuvent l'être en amont de tout projet scénique. Dans la plupart des pays occidentaux, la circulation des textes est complétée par le travail des agents littéraires, fonction peu développée en France (hormis par l'Arche). La situation allemande est exemplaire à cet égard : le Verlag (éditeur) remplit à lui seul la double fonction d'agent et d'éditeur ; directement intéressé à l'exploitation des œuvres, il contribue efficacement à leur diffusion, soit en direction des professionnels par une publication restreinte de type informatif, soit auprès du public par des publications marginales (sous la forme d'anthologies) diffusées en librairies, soit encore par le biais de revues théoriques et d'actualités théâtrales publiant dans chaque numéro une pièce inédite (Theater Heute ou Theater der Zeit). Certains pays comme les États-Unis développent des publications spécifiquement consacrées au théâtre amateur avec, à la clé, une gestion des droits de représentation des pièces éditées. En Europe de l'Est, l'édition théâtrale bénéficiait avant la chute du communisme d'une situation plus privilégiée car elle constituait un département des maisons officielles. Le développement de l'économie de marché a contribué à marginaliser ce secteur.
Classement
Spécialité : Institutions et lieux
- Pays-Bas
- États-Unis
- Allemagne
- Italie
- France
- Royaume-Uni
- Australie
- 19ème siècle
- 20ème siècle
- 21ème siècle