Direction d'acteurs

Une voie dramaturgique et esthétique spécifique

La direction d'acteurs apparaît à la fin du XIXe siècle à la fois avec l'avènement du cinéma (où le director est autant réalisateur que metteur en scène) et avec celui de la mise en scène moderne au théâtre. Antoine, fondateur du Théâtre-Libre, refuse la profération souvent statique et artificielle des comédiens, sollicite leur mobilité dans l'espace scénique et une interprétation corporelle de leur rôle. Dès lors, la responsabilité des choix d'interprétation appartient au metteur en scène qui dirige les acteurs, et non plus à celui d'entre eux qui détient le rôle principal (le Doyen, à la Comédie-Française) ou à une personnalité influente du théâtre (son directeur notamment). La direction d'acteurs se définit par le travail du metteur en scène avec les comédiens en relation avec un objet de création – avec ou sans texte – pour créer un spectacle. Ainsi les metteurs en scène s'attachent-ils de différentes façons à construire une finalité spectaculaire. Tandis que celle-ci passe pour certains par la nécessité de déterminer et verbaliser les enjeux d'un texte dans une première phase des répétitions nommée travail à la table (Beaunesne, Marleau, Régy), elle se forge pour d'autres immédiatement et uniquement par un travail sur le plateau pour conjuguer le texte dans sa grammaire physique (Braunschweig, Langhoff, Py). Le travail dramaturgique a donc lieu sur le plateau, sans nécessairement faire l'objet d'une formulation précise. Le travail à la table résulte d'un autre choix où la direction d'acteurs fait office d'orientation dans une étape qui précède le jeu. Que le metteur en scène ait ou non recours au travail à la table, un travail dramaturgique s'impose pour diriger les comédiens et nourrir leur partition.

Fonctionnements de la direction d'acteurs

Les interventions du metteur en scène, en tant que directeur d'acteurs, peuvent être variées dans toute la durée des répétitions. Il interrompt ou non le jeu, et/ou intervient avant et/ou après une scène. L'intervention sans interruption pendant le jeu (l'accompagnement) est aussi utilisée. Le directeur d'acteurs privilégie la suggestion, le commentaire, ou la critique. Ses deux autres activités principales, le regard et l'écoute, alimentent sa parole et se conjuguent pour certains avec le fait de montrer aux comédiens (la monstration). On distingue quatre modes compatibles de direction d'acteurs : soit le metteur en scène demande aux interprètes le résultat qu'il veut obtenir en leur précisant leur parcours ; soit il ne leur indique pas de parcours en leur proposant un résultat ; soit il leur donne un parcours sans mentionner de résultat ; soit encore il leur propose de répéter par le biais de l'improvisation. La directivité et le langage du metteur en scène diffèrent selon les options. Ces approches du travail théâtral permettent de comprendre si des choix de mise en scène (agencement d'un espace de jeu particulier, création ou non d'une illusion scénique, sonorisation des comédiens pour préserver une intimité) vont déterminer la direction d'acteurs, ou si c'est la direction d'acteurs elle-même qui va déterminer la mise en scène. Souvent, s'il dirige sur le plateau, le metteur en scène s'attache aux détails et montre davantage aux comédiens dans la proximité ; s'il dirige de la salle, il coordonne plus la vision d'ensemble, en sachant que les allers-retours scène/salle qu'il opère contribuent au réajustement permanent d'une vision globale. Cette nécessité d'une perception globale assure la jonction entre direction d'acteurs et mise en scène. Les entrées et sorties constituent un exemple du lien entre les deux. Si la conception d'une entrée est de l'ordre de la mise en scène, son réglage est de l'ordre de la direction d'acteurs et sa réalisation pourra entraîner une modification dans la mise en scène.

Plusieurs paramètres (scénographie, lumières, son, accessoires, costumes…) conditionnent en permanence la direction d'acteurs. Selon la décision du metteur en scène, par exemple, de répéter avec un marquage au sol, dans une configuration spatiale proche de celle de la représentation, ou directement dans le décor, le travail avec les comédiens s'agence différemment. En cela, l'influence des éléments scéniques et techniques sur la direction d'acteurs est certaine, comme d'autres facteurs, corrélatifs, à ne pas oublier : données économiques, temps de répétitions, travail du texte dans l'ordre. De plus, la fin des répétitions est généralement marquée par un changement de lieu : de la salle de répétition au plateau du théâtre. Qu'il soit plus ou moins directif, le metteur en scène peut alors varier son mode de travail (recours aux filages, aux notes, au micro). Aussi la direction d'acteurs est-elle à considérer dans sa totalité. Elle dépend également de la manière dont le metteur en scène conçoit son spectacle ; si ce dernier doit être fixé lors de la première, une partie des répétitions vise à sa reproduction exacte. Néanmoins, le metteur en scène ne peut prétendre fixer de façon absolue le jeu car toute interprétation garde une part d'indétermination. Cette illusion d'une maîtrise de la création des interprètes rend la direction d'acteurs profondément humaine et explique pourquoi le choix de la distribution est fondamental.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026