Concours théâtral interafricain

C'est à la fin de l'année 1966 que les directeurs des radiodiffusions d'Afrique et de Madagascar prirent la décision de lancer le premier concours théâtral interafricain, organisé par Radio-France Internationale. Cette expérience originale connaît depuis lors un succès qui ne s'est jamais démenti et dont témoignent les chiffres, puisque depuis son lancement le jury du concours a reçu près de 6 000 manuscrits en provenance de 43 pays d'Afrique, de l'océan Indien et des Caraïbes.

Examinés par un comité de lecture international que préside le poète mauricien Édouard Maunick, ces manuscrits, tous d'expression française, font l'objet d'une rigoureuse sélection au terme de laquelle cinq prix – dont le « grand prix du théâtre africain » –, d'un montant global de 20 000 F, sont attribués aux lauréats. La plupart du temps, les œuvres primées sont enregistrées, radiodiffusées et, pour certaines d'entre elles, éditées. Le « prix du théâtre vivant » récompense, pour sa part, le travail spécifique d'une troupe. Enfin, grâce à l'Institut culturel africain, la pièce lauréate du grand prix est mise en scène et présentée dans plusieurs pays, en particulier en France – dans le cadre du festival d'Avignon et du festival international des Francophonies de Limoges –, en Belgique, en Italie, aux États-Unis enfin, grâce aux efforts de l'Ubu Theater de New York.

À relire la production échelonnée sur plus de vingt ans, on s'aperçoit que l'histoire qui inspira un grand nombre d'œuvres dramatiques dans les années soixante connaît depuis quelque temps une désaffection croissante. En revanche, deux sujets passionnent visiblement les auteurs plus jeunes ; d'une part, l'évocation des mœurs contemporaines ; d'autre part, les problèmes politiques liés à l'indépendance récente des États africains. Les sujets historiques qui firent les beaux jours du théâtre scolaire à l'époque coloniale sont en effet en constante régression, à l'exception toutefois de la zone soudanienne, où subsiste la mémoire des grands empires du Mali, et de la région des Grands Lacs dans laquelle s'est perpétué le souvenir de la royauté. Quant aux pièces qui traitent des mœurs contemporaines, les plus nombreuses, elles n'évitent pas toujours les oppositions manichéennes entre tradition et modernisme, Blancs et Noirs, vieux et jeunes, et, plus récemment, hommes et femmes !

Les femmes, lorsqu'elles ne sont pas dépeintes dans le cadre rassurant du foyer, sont en général évoquées de façon extrêmement misérabiliste, soit qu'elles se rangent parmi les femmes « de mauvaise vie », soit au contraire qu'elles appartiennent à la catégorie des victimes, violées, abandonnées et délaissées. Cette dichotomie se retrouve à l'intérieur du couple où au mari généralement tyrannique et coureur correspond tantôt une compagne soumise et malheureuse, tantôt une épouse acariâtre, coquette et cancanière. À noter que l'adultère constitue le principal ressort des drames qui mettent en jeu les relations hommes-femmes dans le cadre de l'institution matrimoniale. Les auteurs du Concours manifestent également une certaine complaisance dans la description des fléaux sociaux qui ravagent l'existence de leurs protagonistes – alcoolisme, drogue, prostitution, sorcellerie – et les conduisent souvent à de regrettables excès, crime ou suicide. La religion a sa part dans ce tableau de la vie contemporaine, et elle intervient sous différentes formes, magie, fétichisme, initiation à des sociétés secrètes, malédictions, mais aussi, dans certains cas, résurrection des morts ! Toutefois, dans l'opposition désormais classique entre tradition et modernité, on constate un net recul de l'image rousseauiste du monde villageois au profit d'une représentation plus nuancée et sans doute plus conforme à la réalité. À noter également que, en dépit de la jeunesse des auteurs participant au Concours, les problèmes intéressant directement cette classe d'âge sont rarement évoqués, sinon d'une manière stéréotypée. Enfin la politique est présente, bien que souvent masquée derrière le voile de républiques imaginaires (ou celui de la politique-fiction), et les pièces qui s'y inscrivent s'attaquent le plus souvent à la dénonciation de la tyrannie et de la corruption, dont la seule contrepartie semble toujours être le soulèvement populaire. Il faut également observer que si beaucoup d'auteurs se mobilisent autour de sujets ayant trait à l'Afrique et à ses problèmes, la plupart restent tributaires des modèles dramaturgiques occidentaux.

On retiendra enfin que le Concours a été l'occasion de révéler au public un certain nombre d'auteurs et de textes dramatiques de qualité, dont plusieurs ont déjà connu un grand succès de représentation, la Marmite de Koka-Mbala de Menga (premier concours, 1968), Notre fille ne se mariera pas d'Oyono-Mbia (1969), On joue la comédie (1972) et la Tortue qui chante (1985) de Sénouvo Agbota Zinsou, Conscience de tracteur (1973) et la Parenthèse de sang (1978) de Sony Labou Tansi, le Respect des morts de Koné (1974), Un foutu monde pour un blanchisseur trop honnête (1976) de Bemba, l'Étudiant de Soweto (1978) de Maoundoé Naïndouba, le Supporter (1980) de Georges Abélar, Histoire de Koto (1982) de Michèle Rakotosson, la Légende de Wagadu vue par Sia Yatabéré (1988) de Moussa Diagana.

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Afrique, outre-mer et diaspora

Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
18/06/2026