Antisémite
(Théâtre)
À l'exception notable du Marchand de Venise – qui suscite d'ailleurs toujours des polémiques – le théâtre évite, depuis la Seconde Guerre mondiale, de représenter un personnage juif et désigné comme tel, au théâtre. Il fut pourtant une époque où « la question juive » était l'un des sujets de prédilection de la scène française. Des pièces antisémites étaient jouées avec un très grand succès dans de nombreux théâtres parisiens. Les critiques se déchaînaient, y consacraient de longs papiers, en faisaient même la Une de leurs journaux : l'antisémitisme de ce répertoire dramatique était discuté, approuvé ou combattu pour ce qu'il était à l'époque : une opinion politique. Lorsque ces pièces étaient censurées, elles l'étaient pour trouble à l'ordre public (il est vrai que souvent les spectateurs en venaient aux mains !) et non parce qu'elles véhiculaient des idées condamnables.
L'antisémitisme ne se cantonnait pas à ces pièces tombées, aujourd'hui, à juste titre, dans l'oubli. Il contamina l'ensemble de la vie théâtrale des années 1880 à la Seconde Guerre mondiale. Car, contrairement au mythe des « deux France » très vivace dans l'histoire théâtrale, l'antisémitisme a irrigué aussi bien le théâtre de boulevard « de droite » que le théâtre d'avant-garde « de gauche ». Et certains auteurs dramatiques juifs ajoutèrent leur voix au concert antisémite. Si Édouard Drumont, relayé par le critique Jean Drault puis par Lucien Dubech, ont libéré la parole antisémite, Mirbeau, Rolland et bien d'autres, jusqu'à Lucien Rebatet et « ses Tribus juives du théâtre » ont adopté les mêmes analyses : tous ont dénoncé le « théâtre juif ou enjuivé » synonyme d'un théâtre médiocre, boulevardier, source d'argent facile (Bernstein en sera le symbole honni durant quarante années) par opposition au théâtre pur, pauvre, d'avant-garde, aux mains des vrais artistes. Mais le théâtre avait aussi ceci de particulier qu'il distillait l'antisémitisme « racial » ou « ethnique » en exhibant sur scène le « type juif » avec perruque rousse, nez postiche, kippa et châle de prière. Gémier, Lugné-Poe ou Dullin ont, entre autres, contribué à diffuser cette caricature dans le public.
Bibliographie sélective
- Les enfants de Shylock ou L'antisémitisme sur scène , Chantal Meyer-Plantureux, Bruxelles[Paris] : Éd. Complexe, impr. 2005
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
- France
- 19ème siècle
- 20ème siècle