WALSER Martin
Auteur dramatique et écrivain allemand.
Walser décrit dans toutes ses œuvres le destin des gens simples, aliénés par la société. Réconciliant Brecht et Kafka, il est le fondateur d'un nouveau réalisme.
Fils d'un marchand de charbon, mobilisé puis prisonnier de guerre, Walser ne commence ses études de philosophie à Regensburg et à Tübingen qu'en 1946-1948. Ses premières œuvres dramatiques sont écrites au début des années soixante. Der Abstecher (Le Détour, 1961), monté aux Kammerspiele de Munich, rencontre peu de succès. Chêne et lapins angora (Eiche und Angorae, 1962) le rend mondialement célèbre. Véritable « chronique allemande », l'action se déroule de 1945 aux années cinquante. Des fonctionnaires nazis, un ancien détenu politique rééduqué attendent dans un bois de chênes l'arrivée de l'armée française. Anti-héros à la Schweyk, ils songent à former une chorale et discutent de l'élevage des lapins angoras. Derrière leurs slogans nazis, on n'aperçoit que la lâcheté et la bêtise. Walser excelle à décrire leur mélange de cruauté, de cynisme et d'opportunisme. La pièce vaut à Walser le prix Gerhart Hauptmann et sera montée dans toute l'Europe.
Überlebensgross Herr Krott (Le Démesurément Grand Monsieur Krott, 1963) est une satire grotesque du capitalisme. Le héros, véritable maniaque, croit posséder le monde et veut réaliser son salut. Le Cygne noir (Der schwarze Schwan, 1964), en rapport avec le procès des officiers SS d'Auschwitz qui se déroule à Francfort en 1964-1965, imagine l'histoire de deux médecins nazis confrontés à leur passé. Walser les décrit comme de parfaits petits bourgeois. Die Zimmerschlacht (La Bataille en chambre, 1967) évoque le vécu d'un couple qui s'affronte dans une seule pièce et reproduit en microcosme la société tout entière. Ein Kinderspiel (Un jeu d'enfants, 1971) met en scène le conflit des générations à l'époque de la protestation étudiante. Das Sauspiel (Le Jeu de la truie, 1975, avec une musique de Theodorakis), malgré son sous-titre, Scènes du XVIe siècle, ne se limite pas à l'évocation de la fin du Moyen Âge. Walser établit d'étonnantes correspondances avec l'époque contemporaine, faisant se rencontrer Faust, Wagner, Paracelse, Sachs et Luther. Le moment précis où se situe l'action – l'écrasement de la guerre des Paysans, l'effondrement des espoirs révolutionnaires – lui permet de représenter les « rêves antiautoritaires » de sa génération, en s'interrogeant sur le rôle des intellectuels. Délaissant le théâtre pour le roman, séjournant à plusieurs reprises en Grande-Bretagne et aux États-Unis, Walser revient au théâtre en 1986 avec Die Ohrfeige (La Gifle) où il dénonce « le flirt du capital et de la culture » en se référant à la misère, au chômage qui subsistent au sein de l'opulence occidentale.
Le théâtre de Walser, d'une surprenante modernité, préfigure celui de Strauss. Il excelle dans les longs monologues brisés où le héros semble se dissoudre dans les apparences, le sens du détail élevé au rang d'un réalisme aussi absurde que fantastique. Considéré par toute une génération comme une conscience morale, il a choisi de demeurer là où il est né : sur les bords du lac de Constance, dont les paysages imprègnent ses œuvres et sa sensibilité.
Bibliographie sélective
- Über Martin Walser . Herausgegeben von Thomas Beckermann , Frankfurt am Main : Suhrkamp, 1970
- Martin Walser , hrsg. von Klaus Siblewski, Frankfurt am Main : Suhrkamp, 1981
Classement
Spécialité : Espace germanique
- Allemagne
- 20ème siècle
- 21ème siècle