SAVARY Jérôme

Buenos-Aires, 1942 - Levallois-Perret, 2013

Acteur, auteur dramatique et metteur en scène français.

Il conçoit le spectacle comme une fête et cherche à créer une comédie musicale typiquement française. Après avoir fait plusieurs métiers, Savary suit des cours aux Arts décoratifs de Paris. Il séjourne à New York où il fréquente le monde du jazz : deux expériences qui marqueront sa vision du théâtre. En 1965 il fonde sa compagnie le Panique Circus qui deviendra en 1968 le « Grand Magic Circus et ses animaux tristes ». Depuis Les Boîtes et l'Invasion du vert olive (Comédie de Paris, 1965) jusqu'en 2007, il a monté environ cent spectacles de toutes natures, où la comédie musicale tient une large place.

Un fou de spectacles

Savary prône un théâtre total conjuguant les différents arts, les textes, la musique et la danse, un théâtre où l'acteur est plus important que le décor et l'image. Son esthétique théâtrale est fortement influencée par le cirque, le music-hall et le théâtre épique. Il utilise souvent des décors de théâtre forain et fait intervenir des animaux tels que chat ou poule sans qu'ils soient spécialement dressés, considérant que l'animal sur scène ramène l'acteur à l'essentiel. Savary élabore un langage poétique par l'agencement d'images reconnaissables par tous, il les exploite, comme dans un collage, pour aboutir parfois à l'absurde, au grotesque et même au surréalisme. Il travaille souvent sur des mythes ou des personnages stéréotypés, il les subvertit en les plaçant dans un contexte qui mêle la tristesse, l'hilarité et le délire comme dans Zartan, frère mal-aimé de Tarzan (1970). Bien que les mises en scène de Savary puissent donner quelquefois l'impression d'anarchie, elles sont en réalité rigoureusement organisées, généralement sur une base musicale où le tempo et le rythme sont fondamentaux, par exemple dans D'Artagnan (1988).

Au cours des années 1960, Savary fait du théâtre « action de rue-parades », qui englobe très largement la population locale et cherche à provoquer une réaction de sa part. Le spectacle doit être d'abord une fête qui n'a rien d'imposé mais qui fait partie de la vie quotidienne et montre qu'elle n'est possible que momentanément comme dans Robinson Crusoë (1972) ou De Moïse à Mao (1974). Certains spectacles de Savary ont un aspect didactique mais il s'agit avant tout d'un divertissement où la contestation politique peut prendre la forme de l'ironie. Sa mise en scène de Cendrillon et la Lutte des classes (1973) illustre cette conception. Plus tard, sa politique de théâtre populaire ne sera plus de faire du théâtre militant, de vouloir transmettre un « message » sur les valeurs d'une société, mais d'atteindre un vaste public en faisant tourner ses spectacles dans de nombreuses petites villes de province. Il estime que le spectateur est interactif dans la mesure où celui-ci choisit volontairement de voir la représentation. Par la suite il monte des classiques comme Le Bourgeois gentilhomme (1980) et Cyrano de Bergerac (1983). La même année 1994, il monte La Résistible ascension d'Arturo Ui de Brecht et Chantecler de Rostand, faisant ainsi preuve d'un bel éclectisme. Il travaille beaucoup à l'étranger, notamment en Allemagne, et réalise aussi des mises en scène d'opéra. En 1987 il reçoit le molière du meilleur spectacle musical: Cabaret (1990, reprise en 1994-1995).

Savary considère la direction d'un théâtre et surtout d'une troupe comme une entreprise soucieuse de sa gestion où il faut trouver un équilibre entre la rentabilité et la nouveauté. De 1982 à 1988, Savary dirige le Centre Dramatique de Montpellier avant d'être nommé directeur du Théâtre national de Chaillot puis directeur de l'Opéra-comique de 2000 à 2006. À Chaillot sa politique consiste à accueillir, en alternance, des metteurs en scène connus et des débutants ; à entretenir une école pour former les membres d'une troupe permanente ; à octroyer des bourses à des auteurs, pour l'édition et la diffusion de leurs œuvres. Revenant sur son passé, Savary a recréé la belle époque du Grand Magic Circus avec Nina Stromboli ou le Démon de midi (théâtre de Chaillot, 1996) : il y érige le n'importe quoi en esthétique et cette désinvolture plaît, comme signe de complicité avec le spectateur. Il est rompu aux tonalités les plus contrastées : du dépouillement tragique avec Dommage qu'elle soit une putain de Ford (1996) à un spectacle musical à la gloire de Charles Trenet, Y a d'la joie et d'l'amour (1998). À l'Opéra-comique, il s'en est donné à cœur joie, tant en reprenant ce dernier spectacle qu'en montant La Veuve joyeuse, La Périchole (qui fit un triomphe), Looking for Joséphine, La Belle et la toute petite bête, et La Vie d'artiste racontée à ma fille (2005). Retrouvant, avec la fin de son mandat et après vingt ans dans le théâtre public, sa totale liberté de création, Savary, maître en télescopages et en mélange des genres (opéra, cirque, cabaret, outre le théâtre), prouve une nouvelle fois avec Don Quichotte contre l'Ange bleu (Théâtre de Paris, 2008) son amour du spectacle qui va de la musique (avec lui-même à la trompette) à la revue déshabillée, de l'hommage aux grands maîtres du music-hall à l'émotion à fleur de peau.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
10/03/2026

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